PHYLIS.
Plût au bon Dieu que tu voulusses l'être!
Eh quoi, tu ris encor! c'est bien faire paroître....
PHYLIS.
Que je ne saurois voir d'un visage affligé455
Ta cruauté punie, et mon frère vengé.
Après tout, je connois quelle est ta maladie:
Tu vois comme Alidor est plein de perfidie;
Mais je mets dans deux jours ma tête à l'abandon,
Au cas qu'un repentir n'obtienne son pardon.460
ANGÉLIQUE.
Après que cet ingrat me quitte pour Clarine?
PHYLIS.
De le garder longtemps elle n'a pas la mine,
Et j'estime si peu ces nouvelles amours,
Que je te plége[726] encor son retour dans deux jours;
Et lors ne pense pas, quoi que tu te proposes,465
Que de tes volontés devant lui tu disposes.
Prépare tes dédains, arme-toi de rigueur,
Une larme, un soupir te percera le cœur[727];
Et je serai ravie alors de voir vos flammes
Brûler mieux que devant, et rejoindre vos âmes.470
Mais j'en crains un succès à ta confusion[728]:
Qui change une fois change à toute occasion;
Et nous verrons toujours, si Dieu le laisse vivre,
Un change, un repentir, un pardon, s'entre-suivre.
Ce dernier est souvent l'amorce d'un forfait,475
Et l'on cesse de craindre un courroux sans effet.