PHYLIS[750].
Ce soir j'ai bien la mine, en dépit de ta glace,
D'en trouver là cinquante à qui donner ta place[751].
Va-t'en, si bon te semble, ou demeure en ces lieux:
Je ne t'arrêtois pas ici pour tes beaux yeux;
Mais jusqu'à maintenant j'ai voulu te distraire,625
De peur que ton abord interrompît mon frère.
Quelque fin que tu sois, tiens-toi pour affiné[752].
SCÈNE III.
CLÉANDRE.
Ciel! à tant de malheurs m'aviez-vous destiné?
Faut-il que d'un dessein si juste que le nôtre
La peine soit pour nous, et les fruits pour un autre,630
Et que notre artifice ait si mal succédé,
Qu'il me dérobe un bien qu'Alidor m'a cédé?
Officieux ami d'un amant déplorable,
Que tu m'offres en vain cet objet adorable!
Qu'en vain de m'en saisir ton adresse entreprend!635
Ce que tu m'as donné, Doraste le surprend.
Tandis qu'il me supplante, une sœur me cajole;
Elle me tient les mains cependant qu'il me vole.
On me joue, on me brave, on me tue, on s'en rit:
L'un me vante son heur, l'autre son trait d'esprit;640
L'un et l'autre à la fois me perd, me désespère,
Et je puis épargner ou la sœur ou le frère!
Être sans Angélique, et sans ressentiment!
Avec si peu de cœur aimer si puissamment[753]!
Cléandre, est-ce un forfait que l'ardeur qui te presse?
Craignois-tu d'avouer une telle maîtresse?
Et cachois-tu l'excès de ton affection
Par honte, par dépit, ou par discrétion[754]?
Pouvois-tu desirer occasion plus belle[755]
Que le nom d'Alidor à venger ta querelle?650
Si pour tes feux cachés tu n'oses t'émouvoir,
Laisse leurs intérêts, suis ceux de ton devoir.
On supplante Alidor, du moins en apparence,
Et sans ressentiment tu souffres cette offense!
Ton courage est muet, et ton bras endormi!655
Pour être amant discret, tu parois lâche ami!
C'est trop abandonner ta renommée au blâme:
Il faut sauver d'un coup ton honneur et ta flamme,
Et l'un et l'autre ici marchent d'un pas égal;
Soutenant un ami, tu t'ôtes un rival.660
Ne diffère donc plus ce que l'honneur commande[756],
Et lui gagne Angélique, afin qu'il te la rende[757].
Il faut...
SCÈNE IV.
ALIDOR, CLÉANDRE.
ALIDOR.