Nullement, ou je meure;
Voyant je ne sais quoi de rare en sa beauté,
J'ai voulu contenter ma curiosité.

LYSANDRE.

Ta curiosité deviendra bientôt flamme:
C'est par là que l'amour se glisse dans une âme.210
A la première vue, un objet qui nous plaît[88]
N'inspire qu'un desir de savoir quel il est[89];
On en veut aussitôt apprendre davantage[90],
Voir si son entretien répond à son visage,
S'il est civil ou rude, importun ou charmeur,215
Éprouver son esprit, connoître son humeur:
De là cet examen se tourne en complaisance;
On cherche si souvent le bien de sa présence,
Qu'on en fait habitude, et qu'au point d'en sortir
Quelque regret commence à se faire sentir:220
On revient tout rêveur; et notre âme blessée,
Sans prendre garde à rien, cajole sa pensée.
Ayant rêvé le jour, la nuit à tous propos
On sent je ne sais quoi qui trouble le repos[91];
Un sommeil inquiet, sur de confus nuages225
Élève incessamment de flatteuses images,
Et sur leur vain rapport fait naître des souhaits
Que le réveil admire et ne dédit jamais:
Tout le cœur court en hâte après de si doux guides;
Et le moindre larcin que font ses vœux timides230
Arrête le larron et le met dans les fers.

DORIMANT.

Ainsi tu fus épris de celle que tu sers?

LYSANDRE.

C'est un autre discours; à présent je ne touche
Qu'aux ruses de l'amour contre un esprit farouche,
Qu'il faut apprivoiser presque insensiblement[92],235
Et contre ses froideurs combattre finement.
Des naturels plus doux....


SCÈNE IX.

DORIMANT, LYSANDRE, CLÉANTE.