C'en est assez, mes yeux du reste m'ont instruit:
Autre n'est que Phylis entre leurs mains tombée;
Après toi de la salle elle s'est dérobée.
J'arrête une maîtresse, et je perds une sœur;
Mais allons promptement après le ravisseur.1185
SCÈNE VIII.
ANGÉLIQUE.
Dure condition de mon malheur extrême!
Si j'aime, on me trahit; je trahis, si l'on m'aime.
Qu'accuserai-je ici d'Alidor ou de moi?
Nous manquons l'un et l'autre également de foi.
Si j'ose l'appeler lâche, traître, parjure,1190
Ma rougeur aussitôt prendra part à l'injure;
Et les mêmes couleurs qui peindront ses forfaits
Des miens en même temps exprimeront les traits.
Mais quel aveuglement nos deux crimes égale,
Puisque c'est pour lui seul que je suis déloyale?1195
L'amour m'a fait trahir (qui n'en trahiroit pas?),
Et la trahison seule a pour lui des appas.
Son crime est sans excuse, et le mien pardonnable:
Il est deux fois, que dis-je? il est le seul coupable[840];
Il m'a prescrit la loi, je n'ai fait qu'obéir;1200
Il me trahit lui-même, et me force à trahir.
Déplorable Angélique, en malheurs sans seconde,
Que veux-tu désormais, que peux-tu faire au monde[841],
Si ton ardeur sincère et ton peu de beauté
N'ont pu te garantir d'une déloyauté?1205
Doraste tient ta foi; mais si ta perfidie
A jusqu'à te quitter son âme refroidie,
Suis, suis dorénavant de plus saines raisons,
Et sans plus t'exposer à tant de trahisons[842],
Puisque de ton amour on fait si peu de conte,1210
Va cacher dans un cloître et tes pleurs et ta honte[843].
FIN DU QUATRIÈME ACTE.