PHYLIS, à Angélique.

Il n'en a plus le nom, et son feu légitime,
Autorisé des miens, en efface le crime;1415
Le hasard me le donne, et changeant ses desseins,
Il m'a mise en son cœur aussi bien qu'en ses mains.
Son erreur fut soudain de son amour suivie;
Et je ne l'ai ravi qu'après qu'il m'a ravie.
Jusque-là tes beautés ont possédé ses vœux;1420
Mais l'amour d'Alidor faisoit taire ses feux.
De peur de l'offenser te cachant son martyre,
Il me venoit conter ce qu'il ne t'osoit dire;
Mais nous changeons de sort par cet enlèvement[878]:
Tu perds un serviteur, et j'y gagne un amant[879].1425

DORASTE, à Phylis.

Dis-lui qu'elle en perd deux; mais qu'elle s'en console,
Puisque avec Alidor je lui rends sa parole[880].

(A Angélique.)

Satisfaites sans crainte à vos intentions:
Je ne mets plus d'obstacle à vos affections.
Si vous faussez déjà la parole donnée,1430
Que ne feriez-vous[881] point après notre hyménée?
Pour moi, malaisément on me trompe deux fois:
Vous l'aimez, j'y consens, et lui cède mes droits[882].

ALIDOR.

Puisque vous me pouvez accepter sans parjure,
Pouvez-vous consentir que votre rigueur dure[883]?1435
Vos yeux sont-ils changés, vos feux sont-ils éteints?
Et quand mon amour[884] croît, produit-il vos dédains?
Voulez-vous....

ANGÉLIQUE.

Déloyal, cesse de me poursuivre:
Si je t'aime jamais, je veux cesser de vivre.
Quel espoir mal conçu te rapproche de moi?1440
Aurois-je de l'amour pour qui n'a point de foi?