LYSANDRE.
J'aime à te voir ainsi décharger ton courroux;255
Mais voudrois-tu parler franchement entre nous?
DORIMANT.
Quoi! tu doutes encor de ma juste colère?
LYSANDRE.
En ce qui le regarde, elle n'est que légère:
En vain pour son sujet tu fais l'intéressé,
Il a paré des coups dont ton cœur est blessé.260
Cet accident fâcheux te vole une maîtresse:
Confesse ingénument, c'est là ce qui te presse.
DORIMANT.
Pourquoi te confesser ce que tu vois assez?
Au point de se former, mes desseins renversés,
Et mon desir trompé, poussent dans ces contraintes,265
Sous de faux mouvements, de véritables plaintes.
LYSANDRE.
Ce desir, à vrai dire, est un amour naissant
Qui ne sait où se prendre, et demeure impuissant;
Il s'égare et se perd dans cette incertitude;
Et renaissant toujours de ton inquiétude,270
Il te montre un objet d'autant plus souhaité,
Que plus sa connoissance a de difficulté.
C'est par là que ton feu davantage s'allume:
Moins on l'a pu connoître, et plus on en présume[99];
Notre ardeur curieuse en augmente le prix.275