AGLANTE.
Résolus à mourir, qu'avons-nous plus à craindre?
CLÉONICE.
Mourant avec plaisir, qu'avons-nous plus à plaindre?
Plaignons-nous, mais du ciel, qui fait que le trépas375
Au plus beau de notre âge a pour nous tant d'appas.
CLÉONICE.
N'accuse point le ciel de ce que fait ton[915] père.
AGLANTE.
Mon âme, c'est de là que part notre misère;
C'est lui qui nous traverse, et les Dieux sont jalous
Qu'en leur temple mes vœux ne s'adressoient qu'à vous.380
Au pied de leurs autels j'adorois leur image:
Étoit-ce donc vous rendre un trop léger hommage?
O Dieux! d'un feu si pur faites-vous un forfait?
Vous pouvois-je adorer en un plus beau portrait?
Que votre jalousie ou votre haine éclate,385
Jusque dans le tombeau j'adorerai Mégate[916].
Inventez des tourments à me priver du jour:
Ma vie est en vos mains, mais non pas mon amour.