POLLUX.

Adieu: l'amour vous presse,
Et je serois marri qu'un soin officieux
Vous fît perdre pour moi des temps si précieux.160


SCÈNE II.

JASON[958].

Depuis que mon esprit est capable de flamme,
Jamais un trouble égal n'a confondu mon âme[959]:
Mon cœur, qui se partage en deux affections,
Se laisse déchirer à mille passions.
Je dois tout à Médée, et je ne puis sans honte165
Et d'elle et de ma foi tenir si peu de conte[960]:
Je dois tout à Créon, et d'un si puissant roi
Je fais un ennemi, si je garde ma foi[961]:
Je regrette Médée, et j'adore Créuse;
Je vois mon crime en l'une, en l'autre mon excuse[962];
Et dessus mon regret mes desirs triomphants
Ont encor le secours du soin de mes enfants.
Mais la princesse vient: l'éclat d'un tel visage[963]
Du plus constant du monde attireroit l'hommage,
Et semble reprocher à ma fidélité175
D'avoir osé tenir contre tant de beauté.


SCÈNE III.

JASON, CRÉUSE, CLÉONE.

JASON.