MÉDÉE, NÉRINE.

MÉDÉE.

Eh bien? Nérine, à quand, à quand cet hyménée?
En ont-ils choisi l'heure? en sais-tu la journée?
N'en as-tu rien appris? n'as-tu point vu Jason?275
N'appréhende-t-il rien après sa trahison?
Croit-il qu'en cet affront je m'amuse à me plaindre?
S'il cesse de m'aimer, qu'il commence à me craindre;
Il verra, le perfide, à quel comble d'horreur
De mes ressentiments peut monter la fureur.280

NÉRINE.

Modérez les bouillons de cette violence,
Et laissez déguiser vos douleurs au silence.
Quoi! Madame, est-ce ainsi qu'il faut dissimuler?
Et faut-il perdre ainsi des menaces en l'air?
Les plus ardents transports d'une haine connue[982]285
Ne sont qu'autant d'éclairs avortés dans la nue,
Qu'autant d'avis à ceux que vous voulez punir,
Pour repousser vos coups, ou pour les prévenir.
Qui peut, sans s'émouvoir, supporter une offense,
Peut mieux prendre à son point le temps de sa vengeance[983];
Et sa feinte douceur, sous un appas[984] mortel,
Mène insensiblement sa victime à l'autel.

MÉDÉE.

Tu veux que je me taise et que je dissimule!
Nérine, porte ailleurs ce conseil ridicule:
L'âme en est incapable en de[985] moindres malheurs,295
Et n'a point où cacher de pareilles douleurs[986].
Jason m'a fait trahir mon pays et mon père,
Et me laisse au milieu d'une terre étrangère,
Sans support, sans amis, sans retraite, sans bien,
La fable de son peuple, et la haine du mien:300
Nérine, après cela tu veux que je me taise!
Ne dois-je point encore en témoigner de l'aise,
De ce royal hymen souhaiter l'heureux jour,
Et forcer tous mes soins à servir son amour[987]?

NÉRINE.

Madame, pensez mieux à l'éclat que vous faites:305
Quelque juste qu'il soit, regardez où vous êtes;
Considérez qu'à peine un esprit plus remis[988]
Vous tient en sûreté parmi vos ennemis.

MÉDÉE.