DORIMANT.
Mais vous n'y voyez pas tous vos rares mérites[106]:
Cet esprit tout divin et ce doux entretien
Ont des charmes puissants dont il ne montre rien.340
HIPPOLYTE.
Vous les montrez assez par cette après-dînée
Qu'à causer avec moi vous vous êtes donnée;
Si mon discours n'avoit quelque charme caché,
Il ne vous tiendroit pas si longtemps attaché.
Je vous juge plus sage, et plus aimer votre aise,345
Que d'y tarder ainsi sans que rien vous y plaise;
Et si je présumois qu'il vous plût sans raison[107],
Je me ferois moi-même un peu de trahison;
Et par ce trait badin qui sentiroit l'enfance,
Votre beau jugement recevroit trop d'offense.350
Je suis un peu timide, et dût-on me jouer[108],
Je n'ose démentir ceux qui m'osent louer.
DORIMANT.
Aussi vous n'avez pas le moindre lieu de craindre
Qu'on puisse en vous louant ni vous flatter ni feindre:
On voit un tel éclat en vos brillants appas[109],355
Qu'on ne peut l'exprimer, ni ne l'adorer pas.
HIPPOLYTE.
Ni ne l'adorer pas! Par là vous voulez dire....
DORIMANT.
Que mon cœur désormais vit dessous votre empire,
Et que tous mes desseins de vivre en liberté
N'ont rien eu d'assez fort contre votre beauté.360