CRÉUSE.
Donnez donc à la mienne une même sortie:1430
Apportez-moi ce fer qui, de ses maux vainqueur,
Est déjà si savant à traverser le cœur.
Ah! je sens fers, et feux, et poison, tout ensemble:
Ce que souffroit mon père à mes peines s'assemble.
Hélas! que de douceur[1186] auroit un prompt trépas!1435
Dépêchez-vous, Cléone: aidez mon foible bras.
CLÉONE.
Ne désespérez point: les Dieux, plus pitoyables,
A nos justes clameurs se rendront exorables,
Et vous conserveront, en dépit du poison,
Et pour reine à Corinthe, et pour femme à Jason.1440
Il arrive, et surpris il change de visage:
Je lis dans sa pâleur une secrète rage,
Et son étonnement va passer en fureur.
SCÈNE V.
JASON, CRÉUSE, CLÉONE, THEUDAS.
JASON.
Que vois-je ici, grands Dieux! quel spectacle d'horreur[1187]!
Où que puissent mes yeux porter ma vue errante,1445
Je vois ou Créon mort, ou Créuse mourante.
Ne t'en va pas, belle âme: attends encore un peu,
Et le sang de Médée éteindra tout ce feu;
Prends le triste plaisir de voir punir son crime,
De te voir immoler cette infâme victime;1450
Et que ce scorpion, sur la plaie écrasé[1188],
Fournisse le remède au mal qu'il a causé.
CRÉUSE.