Je te le dis encor, ne sois plus en alarme:
Quand je veux, j'épouvante; et quand je veux, je charme;
Et, selon qu'il me plaît, je remplis tour à tour
Les hommes de terreur, et les femmes d'amour.260
Du temps que ma beauté m'étoit inséparable,
Leurs persécutions me rendoient misérable:
Je ne pouvois sortir sans les faire pâmer.
Mille mouroient par jour à force de m'aimer:
J'avois des rendez-vous de toutes les princesses;265
Les reines à l'envi mendioient mes caresses;
Celle d'Éthïopie, et celle du Japon,
Dans leurs soupirs d'amour ne mêloient que mon nom.
De passion pour moi deux sultanes troublèrent[1272];
Deux autres, pour me voir, du sérail s'échappèrent:270
J'en fus mal quelque temps avec le Grand Seigneur.
CLINDOR.
Son mécontentement n'alloit qu'à votre honneur.
MATAMORE.
Ces pratiques nuisoient à mes desseins de guerre,
Et pouvoient m'empêcher de conquérir la terre.
D'ailleurs, j'en devins las; et pour les arrêter,275
J'envoyai le Destin dire à son Jupiter
Qu'il trouvât un moyen qui[1273] fît cesser les flammes
Et l'importunité dont m'accabloient les dames:
Qu'autrement ma colère iroit dedans les cieux
Le dégrader soudain de l'empire des Dieux,280
Et donneroit à Mars à gouverner sa foudre[1274].
La frayeur qu'il en eut le fit bientôt résoudre:
Ce que je demandois fut prêt en un moment;
Et depuis, je suis beau quand je veux seulement.
CLINDOR.
Que j'aurois, sans cela, de poulets à vous rendre!285
MATAMORE.
De quelle que ce soit, garde-toi bien d'en prendre,
Sinon de.... Tu m'entends? Que dit-elle de moi?
CLINDOR.