MATAMORE.

Ils vous sont tous acquis, et pour vous faire voir
Que vous avez[1293] sur eux un absolu pouvoir,
Je n'écouterai plus cette humeur de conquête;425
Et laissant tous les rois leurs couronnes en tête,
J'en prendrai seulement deux ou trois pour valets,
Qui viendront à genoux vous rendre mes poulets.

ISABELLE.

L'éclat de tels suivants attireroit l'envie
Sur le rare bonheur où je coule ma vie;430
Le commerce discret de nos affections
N'a besoin que de lui pour ces commissions[1294].

MATAMORE.

Vous avez, Dieu me sauve! un esprit à ma mode;
Vous trouvez, comme moi, la grandeur incommode.
Les sceptres les plus beaux n'ont rien pour moi d'exquis:
Je les rends aussitôt que je les ai conquis,
Et me suis vu charmer quantité de princesses,
Sans que jamais mon cœur les voulût pour maîtresses[1295].

ISABELLE.

Certes en ce point seul je manque un peu de foi.
Que vous ayez quitté des princesses pour moi!440
Que vous leur refusiez un cœur dont je dispose[1296]!

MATAMORE[1297].

Je crois que la Montagne en saura quelque chose.
Viens çà. Lorsqu'en la Chine, en ce fameux tournoi,
Je donnai dans la vue aux deux filles du Roi,
Que te dit-on en cour de cette jalousie[1298]445
Dont pour moi toutes deux eurent l'âme saisie[1299]?