CLINDOR.
Ce discours favorable enhardira mes feux
A bien user d'un temps[1303] si propice à mes vœux.
Que m'allez-vous conter?
CLINDOR.
Que j'adore Isabelle,485
Que je n'ai plus de cœur ni d'âme que pour elle,
Que ma vie....
ISABELLE.
Épargnez ces propos superflus;
Je les sais, je les crois, que voulez-vous de plus?
Je néglige à vos yeux l'offre d'un diadème;
Je dédaigne un rival: en un mot, je vous aime.490
C'est aux commencements des foibles passions
A s'amuser encore aux protestations:
Il suffit de nous voir au point où sont les nôtres;
Un coup d'œil vaut pour vous tous les discours des autres[1304].
CLINDOR.
Dieux! qui l'eût jamais cru, que mon sort rigoureux495
Se rendît si facile à mon cœur amoureux!
Banni de mon pays par la rigueur d'un père,
Sans support, sans amis, accablé de misère,
Et réduit à flatter le caprice arrogant
Et les vaines humeurs d'un maître extravagant:500
Ce pitoyable état de ma triste fortune[1305]
N'a rien qui vous déplaise ou qui vous importune;
Et d'un rival puissant les biens et la grandeur
Obtiennent moins sur vous que ma sincère ardeur.