Que craignez-vous de lui, dont tous les compliments535
Ne parlent que de morts et de saccagements,
Qu'il bat, terrasse, brise, étrangle, brûle, assomme?

ADRASTE.

Pour être son valet, je vous trouve honnête homme:
Vous n'êtes point de taille à servir sans dessein[1310]
Un fanfaron plus fou que son discours n'est vain.540
Quoi qu'il en soit, depuis que je vous vois chez elle,
Toujours de plus en plus je l'éprouve cruelle:
Ou vous servez quelque autre, ou votre qualité
Laisse dans vos projets trop de témérité.
Je vous tiens fort suspect de quelque haute adresse.545
Que votre maître enfin fasse une autre maîtresse;
Ou s'il ne peut quitter un entretien si doux,
Qu'il se serve du moins d'un autre que de vous.
Ce n'est pas qu'après tout les volontés d'un père,
Qui sait ce que je suis, ne terminent l'affaire;550
Mais purgez-moi l'esprit de ce petit souci,
Et si vous vous aimez, bannissez-vous d'ici;
Car si je vous vois plus regarder cette porte,
Je sais comme traiter les gens de votre sorte.

CLINDOR.

Me prenez-vous pour homme à nuire à votre feu[1311]?555

ADRASTE.

Sans réplique, de grâce, ou nous verrons beau jeu.
Allez: c'est assez dit.

CLINDOR.

Pour un léger ombrage,
C'est trop indignement traiter un bon courage.
Si le ciel en naissant ne m'a fait grand seigneur,
Il m'a fait le cœur ferme et sensible à l'honneur;560
Et je pourrois bien rendre un jour ce qu'on me prête[1312].

ADRASTE.