Non, mais du moins ton cœur n'est plus à la torture[120]
De voir tes vœux forcés d'aller à l'aventure;
Et cette belle humeur de l'objet qui t'a pris....
DORIMANT.
Sous un accueil riant cache un subtil mépris.
Ah! que tu ne sais pas de quel air on me traite!425
LYSANDRE.
Je t'en avois jugé l'âme fort satisfaite;
Et cette gaie humeur, qui brilloit dans ses yeux[121],
M'en promettoit pour toi quelque chose de mieux.
DORIMANT.
Cette belle, de vrai, quoique toute de glace,
Mêle dans ses froideurs je ne sais quelle grâce,430
Par où tout de nouveau je me laisse gagner[122],
Et consens, peu s'en faut, à m'en voir dédaigner[123].
Loin de s'en affoiblir, mon amour s'en augmente;
Je demeure charmé de ce qui me tourmente.
Je pourrois de toute autre être le possesseur[124],435
Que sa possession auroit moins de douceur.
Je ne suis plus à moi quand je vois Hippolyte
Rejeter ma louange et vanter son mérite[125],
Négliger mon amour ensemble et l'approuver,
Me remplir tout d'un temps d'espoir et m'en priver,440
Me refuser son cœur en acceptant mon âme,
Faire état de mon choix en méprisant ma flamme.
Hélas! en voilà trop: le moindre de ces traits
A pour me retenir de trop puissants attraits:
Trop heureux d'avoir vu sa froideur enjouée[126]445
Ne se point offenser d'une ardeur avouée[127]!
LYSANDRE.
Son adieu toutefois te défend d'y songer,
Et ce commandement t'en devroit dégager.
DORIMANT.