LYSE.

J'en avois tant de honte
Que je mourois[1388] de peur qu'on vous en fît le conte;1070
Mais depuis quatre jours votre amant arrêté
A fait que l'allant voir je l'ai mieux écouté.
Des yeux et du discours flattant son espérance,
D'un mutuel amour j'ai formé l'apparence.
Quand on aime une fois, et qu'on se croit aimé,1075
On fait tout pour l'objet dont on est enflammé.
Par là j'ai sur mon âme assuré mon empire,
Et l'ai mis en état de ne m'oser dédire.
Quand il n'a plus douté de mon affection,
J'ai fondé mes refus sur sa condition;1080
Et lui, pour m'obliger, juroit de s'y déplaire,
Mais que malaisément il s'en pouvoit défaire;
Que les clefs des prisons qu'il gardoit aujourd'hui
Étoient le plus grand bien de son frère et de lui.
Moi de dire soudain que sa bonne fortune[1389]1085
Ne lui pouvoit offrir d'heure plus opportune;
Que, pour se faire riche et pour me posséder,
Il n'avoit seulement qu'à s'en accommoder;
Qu'il tenoit dans les fers un seigneur de Bretagne
Déguisé sous le nom du sieur de la Montagne;1090
Qu'il falloit le sauver et le suivre chez lui;
Qu'il nous feroit du bien et seroit notre appui.
Il demeure étonné; je le presse, il s'excuse;
Il me parle d'amour, et moi je le refuse;
Je le quitte en colère, il me suit tout confus,1095
Me fait nouvelle excuse, et moi nouveau refus.

ISABELLE.

Mais enfin?

LYSE.

J'y retourne, et le trouve fort triste;
Je le juge ébranlé; je l'attaque: il résiste.
Ce matin: «En un mot, le péril est pressant,
Ai-je dit; tu peux tout, et ton frère est absent[1390].1100
—Mais il faut de l'argent pour un si long voyage,
M'a-t-il dit; il en faut pour faire l'équipage:
Ce cavalier en manque.»

ISABELLE.

Ah! Lyse, tu devois
Lui faire offre aussitôt de tout ce que j'avois[1391]:
Perles, bagues, habits.

LYSE.

J'ai bien fait davantage[1392]:1105
J'ai dit qu'à vos beautés ce captif rend hommage,
Que vous l'aimez de même et fuirez avec nous.
Ce mot me l'a rendu si traitable et si doux,
Que j'ai bien reconnu qu'un peu de jalousie
Touchant votre Clindor brouilloit sa fantaisie[1393],1110
Et que tous ces détours provenoient seulement[1394]
D'une vaine frayeur qu'il ne fût mon amant.
Il est parti soudain après votre amour sue,
A trouvé tout aisé, m'en a promis l'issue,
Et vous mande pour moi[1395] qu'environ à minuit[1396]1115
Vous soyez toute prête à déloger sans bruit.