CLINDOR, représentant Théagène; ISABELLE, représentant Hippolyte; LYSE, représentant Clarine.

CLINDOR.

Vous fuyez, ma princesse, et cherchez des remises:
Sont-ce là les douceurs que vous m'aviez promises[1436]?
Est-ce ainsi que l'amour ménage un entretien?
Ne fuyez plus, Madame, et n'appréhendez rien:1380
Florilame est absent, ma jalouse[1437] endormie.

ISABELLE.

En êtes-vous bien sûr?

CLINDOR.

Ah! fortune ennemie!

ISABELLE.

Je veille, déloyal: ne crois plus m'aveugler;
Au milieu de la nuit je ne vois que trop clair:
Je vois tous mes soupçons passer en certitudes,1385
Et ne puis plus douter de tes ingratitudes:
Toi-même, par ta bouche, as trahi ton secret.
O l'esprit avisé pour un amant discret!
Et que c'est en amour une haute prudence
D'en faire avec sa femme entière confidence!1390
Où sont tant de serments de n'aimer rien que moi?
Qu'as-tu fait de ton cœur? qu'as-tu fait de ta foi?
Lorsque je la reçus, ingrat, qu'il te souvienne
De combien différoient ta fortune et la mienne,
De combien de rivaux je dédaignai les vœux;1395
Ce qu'un simple soldat pouvoit être auprès d'eux:
Quelle tendre amitié je recevois d'un père!
Je le quittai pourtant pour suivre ta misère[1438];
Et je tendis les bras à mon enlèvement,
Pour soustraire ma main à son commandement[1439].1400
En quelle extrémité depuis ne m'ont réduite
Les hasards dont le sort a traversé ta fuite!
Et que n'ai-je souffert avant que le bonheur
Élevât ta bassesse à ce haut rang d'honneur!
Si pour te voir heureux ta foi s'est relâchée,1405
Remets-moi dans le sein dont tu m'as arrachée[1440].
L'amour que j'ai pour toi m'a fait tout hasarder,
Non pas pour des grandeurs, mais pour te posséder[1441].

CLINDOR.