ÉRASTE.

Un juste et grand exemple,
Qu'il faut qu'avec effroi tout l'avenir contemple,
Pour apprendre aux ingrats, aux dépens de son sang,
A n'attaquer jamais l'honneur d'un si haut rang.
Notre main a vengé le prince Florilame,
La princesse outragée, et vous-même, Madame,1570
Immolant à tous trois un déloyal époux,
Qui ne méritoit pas la gloire d'être à vous.
D'un si lâche attentat souffrez le prompt supplice,
Et ne vous plaignez point quand on vous rend justice.
Adieu.

ISABELLE.

Vous ne l'avez massacré qu'à demi:1575
Il vit encore en moi; soûlez son ennemi;
Achevez, assassins, de m'arracher la vie.
Cher époux, en mes bras on te l'a donc ravie!
Et de mon cœur jaloux les secrets mouvements
N'ont pu rompre ce coup par leurs pressentiments!1580
O clarté trop fidèle, hélas! et trop tardive,
Qui ne fait voir le mal qu'au moment qu'il arrive!
Falloit-il.... Mais j'étouffe, et, dans un tel malheur,
Mes forces et ma voix cèdent à ma douleur;
Son vif excès me tue ensemble et me console,1585
Et puisqu'il nous rejoint....

LYSE.

Elle perd la parole.
Madame.... Elle se meurt; épargnons les discours,
Et courons au logis appeler du secours.

(Ici on rabaisse une toile qui couvre le jardin et les corps de Clindor et d'Isabelle, et le Magicien et le père sortent de la grotte.)


SCÈNE V.

ALCANDRE, PRIDAMANT.