Infidèles témoins d'un feu mal allumé,
Soyez-les de ma honte, et vous fondant en larmes[225],
Punissez-vous, mes yeux, d'avoir trop présumé985
Du pouvoir de vos charmes.

De quoi vous a servi d'avoir su me flatter[226],
D'avoir pris le parti d'un ingrat qui me trompe,
S'il ne fit le constant qu'afin de me quitter
Avecque plus de pompe?990

Quand je m'en veux défaire, il est parfait amant[227];
Quand je veux le garder, il n'en fait plus de conte;
Et n'ayant pu le perdre avec contentement,
Je le perds avec honte.

Ce que j'eus lors de joie augmente mon regret;995
Par là mon désespoir davantage se pique.
Quand je le crus constant, mon plaisir fut secret,
Et ma honte est publique.

Le traître avoit senti qu'alors me négliger[228],
C'étoit à Dorimant livrer toute mon âme;1000
Et la constance plût à cet esprit léger
Pour amortir ma flamme.

Autant que j'eus de peine à l'éteindre en naissant,
Autant m'en faudra-t-il à la faire renaître:
De peur qu'à cet amour d'être encore impuissant,1005
Il n'ose plus paroître;

Outre que de mon cœur pleinement exilé,
Et n'y conservant plus aucune intelligence,
Il est trop glorieux pour n'être rappelé
Qu'à servir ma vengeance.1010

Mais j'aperçois celui qui le porte en ses yeux.
Courage donc, mon cœur; espérons un peu mieux.
Je sens bien que déjà devers lui tu t'envoles;
Mais pour t'accompagner je n'ai point de paroles:
Ma honte et ma douleur, surmontant mes desirs,1015
N'en laissent le passage ouvert qu'à mes soupirs.


SCÈNE XI.