DE VILLIERS.

Comment s'il nous en faut?
Vous pouvez en juger: demain Monsieur Boursaut
Fait jouer sa réponse[19], et j'ai l'honneur d'y faire
Un marquis malaisé qui ne sauroit se taire.
Jugez après cela s'il nous faut des rubans.

Plus loin dans la même pièce se trouve une revue des auteurs du temps fort analogue à celle de la Galerie du Palais. Elle se passe entre Alis, marchande de livres, et un marquis, que nous n'aurions nulle envie de quereller sur ses goûts, si au ridicule qu'on lui prête de préférer Molière à Quinault, à Boursault, à Poisson et même à Boyer, il ne joignait le tort, plus grave à nos yeux, de ranger aussi Corneille au nombre de ceux qu'il dédaigne.

En 1682 les comédiens italiens donnèrent Arlequin, lingère du Palais, où l'on trouve une scène qui a quelque ressemblance avec celle de la dispute de la Lingère et du Mercier[20]. Ici c'est avec un limonadier que la lingère a maille à partir. Arlequin joue à lui seul les deux rôles, et vêtu tout à la fois en homme et en femme, il se retourne avec une grande agilité pour représenter alternativement chacun des deux personnages. Ce n'est pas le seul souvenir de Corneille que renferme cette pièce; on y trouve une parodie de la scène du Cid où Rodrigue se présente chez Chimène[21]. Une note nous apprend que dans ce morceau Arlequin s'appliquait à imiter le ton et la démarche de la Champmeslé.

La Galerie du Palais, représentée en 1634, ne fut imprimée qu'en 1637, en vertu d'un privilége accordé, «le vingtvniesme iour de Ianuier l'an de grace mil six cens trente sept,» à Augustin Courbé, qui y associa François Targa. «Nostre bien amé Augustin Courbé, Libraire à Paris, nous a fait remonstrer, dit ce privilége, qu'il a recouuré un manuscrit contenant trois Comedies, sçavoir: la Galerie du Palais, ou l'Amie Riualle, la Place Royalle, ou l'Amoureux Extrauagant, et la Suiuante; et une Tragi-Comedie, intitulée le Cid, composées par Monsieur Corneille.» La première de ces pièces forme un volume in-4o, de 4 feuillets et 143 pages, dont le titre exact est: La Galerie dv Palais ov l'amie rivalle, Comedie. A Paris, chez Augustin Courbé, Imprimeur et Libraire de Monseigneur frere du Roy dans la petite Salle du Palais, à la Palme, M.DC.XXXVII. Auec priuilege du Roy.

L'achevé d'imprimer est du 20 février. En 1644 Corneille a supprimé le sous-titre de cet ouvrage.

A MADAME DE LIANCOUR[22].

Madame,

Je vous demande pardon si je vous fais un mauvais présent; non pas que j'aye si mauvaise opinion de cette pièce, que je veuille condamner les applaudissements qu'elle a reçus, mais parce que je ne croirai jamais qu'un ouvrage de cette nature soit digne de vous être présenté. Aussi vous supplierai-je très-humblement de ne prendre pas tant garde à la qualité de la chose, qu'au pouvoir de celui dont elle part: c'est tout ce que vous peut offrir un homme de ma sorte; et Dieu ne m'ayant pas fait naître assez considérable pour être utile à votre service, je me tiendrai trop récompensé d'ailleurs si je puis contribuer en quelque façon à vos divertissements. De six comédies qui me sont échappées[23], si celle-ci n'est la meilleure, c'est la plus heureuse, et toutefois la plus malheureuse en ce point, que n'ayant pas eu l'honneur d'être vue de vous, il lui manque votre approbation, sans laquelle sa gloire est encore douteuse, et n'ose s'assurer sur les acclamations publiques. Elle vous la vient demander, Madame, avec cette protection qu'autrefois Mélite a trouvée si favorable. J'espère que votre bonté ne lui refusera pas l'une et l'autre, ou que si vous désapprouvez sa conduite, du moins vous agréerez mon zèle, et me permettrez de me dire toute ma vie,

MADAME,
Votre très-humble, très-obéissant,
et très-obligé serviteur,
Corneille.