HIPPOLYTE.
A cet excès d'amour qu'il me faisoit paroître[233],
Je me croyois déjà maîtresse de ton maître;
Tu m'as fait grand dépit de me désabuser.
Qu'il a l'esprit adroit quand il veut déguiser[234]!
Et que pour mettre en jour ces compliments frivoles,
Il sait bien ajuster ses yeux à ses paroles!
Mais je me promets tant de ta dextérité,
Qu'il tournera bientôt la feinte en vérité.
ARONTE.
Je n'ose l'espérer: sa passion trop forte
Déjà vers son objet malgré moi le remporte;1050
Et comme s'il avoit reconnu son erreur,
Vos yeux lui sont à charge et sa feinte en horreur:
Même il m'a commandé d'aller vers sa cruelle
Lui jurer que son cœur n'a brûlé que pour elle,
Attaquer son orgueil par des submissions....1055
HIPPOLYTE.
J'entends assez le but de tes commissions.
Tu vas tâcher pour lui d'amollir son courage[235]?
ARONTE.
J'emploie auprès de vous le temps de ce message,
Et la ferai parler tantôt à mon retour
D'une façon mal propre à donner de l'amour;1060
Mais après mon rapport, si son ardeur extrême
Le résout à porter son message lui-même,
Je ne réponds de rien. L'amour qu'ils ont tous deux
Vaincra notre artifice et parlera pour eux.
HIPPOLYTE.
Sa maîtresse éblouie ignore encor ma flamme,1065
Et laisse à mes conseils tout pouvoir sur son âme[236].
Ainsi tout est à nous, s'il ne faut qu'empêcher
Qu'un si fidèle amant n'en puisse rapprocher.