Voici, dans ce larcin, qui le fait succomber.
En ce dessein commun de servir Hippolyte,
Il faut voir seul à seul qui des deux la mérite:
Son sang me répondra de son manque de foi,
Et me fera raison et pour vous et pour moi.1120
Notre vieille union ne fait qu'aigrir mon âme,
Et mon amitié meurt voyant naître sa flamme.
CÉLIDÉE.
Vouloir quelque mesure entre un perfide et vous[242],
Est-ce faire justice à ce juste courroux?
Pouvez-vous présumer, après sa tromperie,1125
Qu'il ait dans les combats moins de supercherie?
Certes pour le punir c'est trop vous négliger,
Et chercher à vous perdre au lieu de vous venger.
DORIMANT.
Pourriez-vous approuver que je prisse avantage[243]
Pour immoler ce traître à mon peu de courage?1130
J'achèterois trop cher la mort du suborneur,
Si pour avoir sa vie il m'en coûtoit l'honneur[244],
Et montrerois une âme et trop basse et trop noire
De ménager mon sang aux dépens de ma gloire.
CÉLIDÉE.
Sans les voir l'un ni l'autre en péril exposés,1135
Il est pour vous venger des moyens plus aisés.
Pour peu que vous fussiez de mon intelligence,
Vous auriez bientôt pris une juste vengeance[245];
Et vous pourriez sans bruit ôter à l'inconstant....
DORIMANT.
Quoi? Ce qu'il m'a volé?
CÉLIDÉE.