ARONTE.

Eh bien! qu'en dites-vous? et que vous semble d'elle?

LYSANDRE.

Hélas! pour mon malheur, tu n'es que trop fidèle.
N'exerce plus tes soins à me faire endurer;
Ma plus douce fortune est de tout ignorer[248]:1160
Je serois trop heureux sans le rapport d'Aronte.

ARONTE.

Encor pour Dorimant, il en a quelque honte:
Vous voyant, il a fui.

LYSANDRE.

Mais mon ingrate alors
Pour empêcher sa fuite a fait tous ses efforts,
Aronte, et tu prenois ses dédains pour des feintes!1165
Tu croyois que son cœur n'eût point d'autres atteintes,
Que son esprit entier se conservoit à moi,
Et parmi ses rigueurs n'oublioit point sa foi[249]!

ARONTE.

A vous dire le vrai, j'en suis trompé moi-même.
Après deux ans passés dans un amour extrême,1170
Que sans occasion elle vînt à changer,
Je me fusse tenu coupable d'y songer;
Mais puisque sans raison la volage vous change,
Faites qu'avec raison un changement vous venge.
Pour punir comme il faut son infidélité,1175
Vous n'avez qu'à tourner la feinte en vérité.