CÉLIDÉE.
Le parjure à présent est fort sur ta louange[268]?1265
HIPPOLYTE.
Il ne tient pas à lui que je ne sois un ange;
Et quand il vient ensuite à parler de ses feux[269],
Aucune passion jamais n'approcha d'eux.
Par tous ces vains discours il croit fort qu'il m'oblige,
Mais non la moitié tant qu'alors qu'il te néglige:1270
C'est par là qu'il me pense acquérir puissamment;
Et moi, qui t'ai toujours chérie uniquement,
Je te laisse à juger alors si je l'endure.
CÉLIDÉE.
C'est trop prendre, ma sœur, de part en mon injure:
Laisse-le mépriser celle dont les mépris1275
Sont cause maintenant que d'autres yeux l'ont pris.
Si Lysandre te plaît, possède le volage,
Mais ne me traite point avec désavantage;
Et si tu te résous d'accepter mon amant,
Relâche-moi du moins le cœur de Dorimant.1280
HIPPOLYTE.
Pourvu que leur vouloir se range sous le nôtre,
Je te donne le choix et de l'un, et de l'autre;
Ou si l'un ne suffit à ton jeune desir,
Défais-moi de tous deux, tu me feras plaisir.
J'estimai fort Lysandre avant que le connoître;1285
Mais depuis cet amour que mes yeux ont fait naître,
Je te répute heureuse après l'avoir perdu.
Que son humeur est vaine, et qu'il fait l'entendu!
Que son discours est fade avec ses flatteries[270]!
Qu'on est importuné de ses afféteries!1290
Vraiment, si tout le monde étoit fait comme lui,
Je crois qu'avant deux jours je sécherois d'ennui[271].
CÉLIDÉE.
Qu'en cela du destin l'ordonnance fatale
A pris pour nos malheurs une route inégale!
L'un et l'autre me fuit, et je brûle pour eux;1295
L'un et l'autre t'adore, et tu les fuis tous deux.