La phrase suivante de Castro eût assez bien comporté une citation textuelle de Corneille, car il n'a corrigé que tard, en 1660, l'imitation qu'il en avait faite.
«Immolez, non à moi, mais à votre couronne
...........................................
Tout ce qu'enorgueillit un si haut attentat[583].»
Sa première leçon, longtemps conservée, disait:
«Sacrifiez don Diègue et toute sa famille,
A vous, à votre peuple, à toute la Castille.»
C'était bien l'entraînement du texte espagnol:
«Et dût, en sa poitrine, la forteresse (de son cœur) s'épuiser à force de
saigner, chaque goutte de ce sang doit coûter une tête[584].»
Y aunque el pecho se desangre
en su misma fortaleza,
costar tiene una cabeza
cada gota de esta sangre.
Rien de plus beau que la réplique de notre don Diègue, notamment le début: Qu'on est digne d'envie, etc...[585]. Et n'est-ce pas là aussi de l'invention?... Le don Diègue espagnol est tout à la joie d'avoir vu tuer son ennemi, et tout fier de sa joue frottée de sang. Il nous fournit un beau mouvement quand il invoque son droit d'offrir sa tête à la justice, en place de son fils; mais l'allure roide et sautillante de son rhythme étroit ne sera jamais comparable à l'ampleur des formes de Corneille. Si le poëte valencien se plaignait que son imitateur ne l'a cité que par petits lambeaux de phrase, il faut convenir qu'il ne gagnerait pas souvent à être cité d'une manière plus complète. Cette fin est belle pourtant:
Con mi cabeza cortada
quede Ximena contenta,
que mi sangre sin mi afrenta
saldrá limpia, y saldrá honrada.
Corneille, qui s'est inspiré de ce discours un peu au delà des citations données, termine plus éloquemment par