La Preuve des passages alleguez dans les obseruations sur le Cid. A Messieurs de l'Academie[104].

L'Epistre aux poetes du temps sur leur querelle du Cid[105] parut sans doute presque au même moment, car son début fait allusion à la Lettre à l'illustre Academie. «Vous avez fait trop de bruit par toutes les provinces de France (messieurs les rimeurs) pour croire que vos différends puissent à présent être terminés par une Académie que l'un de vous honore d'un titre qui est seulement l'apennage des princes et des sacrées assemblées.» Rien n'est plus détestable que cette pièce, qui se termine par une froide allusion au nom de Corneille: «Si néanmoins vous ne voulez cesser qui l'un de clabauder et l'autre de croasser, que ce soit pour le moins perché sur un noyer, siége ordinaire de tels oiseaux.»

Pour le sieur Corneille contre les ennemis du Cid[106], est le titre d'une brochure qui ne se compose que d'un sonnet dont voici la chute:

Corneille sait porter son vol si près des cieux,
Que s'il ne s'abaissoit pour vous combattre mieux,
Vos coups injurieux ne pourroient pas l'atteindre;

et de la petite pièce qui suit:

Au seigneur de Scudery sur sa victoire.

QUATRAIN.

Toi dont la folle jalousie
Du Cid te veut rendre vainqueur,
Sois satisfait, ta frénésie
Te fait passer pour un vain cœur.

C'est aussi à la même époque qu'il faut rapporter l'ouvrage intitulé: Examen de ce qui s'est fait pour et contre le Cid: avec un traité de la Disposition du Poëme Dramatique, et de la prétenduë Règle de vingt-quatre heures[107]. L'auteur, il est vrai, prétend d'abord que son traité était sous presse même avant la Lettre apologétique de Corneille, mais il ajoute: «Il semble que je serois obligé de signer cet écrit si je voulois prendre la qualité d'intervenant au procès qui s'instruit en l'illustre Académie sur la requête du Sr de Scudéry. Mais plutôt que de plaider (qui est un métier que je m'empêche de faire tant que je puis), j'aime mieux que ce petit ouvrage s'en aille avec les vagabonds et gens sans aveu, ou qu'il soit mis aux Enfermés[108], comme un enfant trouvé.» L'auteur affecte une grande impartialité et loue presque également Corneille et Scudéry. «Toutes les fois, dit-il, que la pièce du Cid a paru sur le théâtre, j'avoue qu'elle a donné dans la vue à tout le monde.» «Je n'en connois l'auteur que de nom, ajoute-t-il un peu plus loin, et par les affiches des comédiens; or à cause que je fais quelquefois des vers, et que je favorise ceux qui s'en mêlent, j'ai inclination pour lui.» Du reste il ne prend aucune part réelle à la querelle et ne s'en occupe que parce qu'il trouve l'occasion de publier et surtout de faire lire un traité de la règle des vingt-quatre heures, écrit depuis cinq ou six ans et dont il était embarrassé.

C'est vers ce moment que dut paraître le Iugement du Cid composé par un Bourgeois de Paris, marguillier de sa Paroisse[109]. Le passage suivant nous indique le but de l'auteur et nous montre qu'il connaissait bien le défenseur habituel de Corneille, mais par malheur il le désigne d'une façon fort obscure pour nous. «Quand j'ai vu, dit-il en parlant de notre poëte, que l'on ne cessoit d'écrire pour et contre, qu'il ne paroissoit que de la passion et de l'excès, soit à le blâmer ou à le défendre, et que le pédant qui a pris sa cause, sembloit avoir eu plus de soin de défendre son affiche de la morale de la cour, et de paroître grand logicien, que de rien faire à l'avantage de Corneille, je me suis enfin résolu, attendant le jugement de l'Académie, de faire voir le mien, qui est, ce me semble, le sentiment des honnêtes gens d'entre le peuple; et sans avoir égard ni à la colère des poëtes qui l'ont voulu mettre aussi bas qu'il s'étoit mis haut, ni aux louanges excessives que lui donnent ses adorateurs, j'ai voulu le défendre contre ce qu'il y avoit d'injustice dans les Observations de Scudéry, et montrer aussi que l'on sait la portée de son mérite, et que le sens commun n'est pas entièrement banni de la tête de ceux qui ne sont ni savants, ni auteurs.» Il ne faut pas oublier toutefois que ce critique, en apparence si équitable à l'égard de Corneille, n'hésite pas à dire avec ses ennemis qu'«il ne devoit point faire imprimer le Cid