Que t'ai-je fait, Sabine, et quelle est mon offense[743]
Qui t'oblige à chercher une telle vengeance?
Que t'a fait mon honneur, et par quel droit viens-tu[744]
Avec toute ta force attaquer ma vertu?670
Du moins contente-toi de l'avoir étonnée[745],
Et me laisse achever cette grande journée.
Tu me viens de réduire en un étrange point;
Aime assez ton mari pour n'en triompher point.
Va-t'en, et ne rends plus la victoire douteuse;675
La dispute déjà m'en est assez honteuse:
Souffre qu'avec honneur je termine mes jours.
SABINE.
Va, cesse de me craindre: on vient à ton secours.
SCÈNE VII.
LE VIEIL HORACE, HORACE, CURIACE, SABINE, CAMILLE.
LE VIEIL HORACE.
Qu'est-ce-ci, mes enfants? écoutez-vous vos flammes,
Et perdez-vous encor le temps avec des femmes?680
Prêts à verser du sang, regardez-vous des pleurs?
Fuyez, et laissez-les déplorer leurs malheurs.
Leurs plaintes ont pour vous trop d'art et de tendresse:
Elles vous feroient part enfin de leur foiblesse,
Et ce n'est qu'en fuyant qu'on pare de tels coups.685
SABINE.
N'appréhendez rien d'eux, ils sont dignes de vous.
Malgré tous nos efforts, vous en devez attendre
Ce que vous souhaitez et d'un fils et d'un gendre;
Et si notre foiblesse ébranloit leur honneur[746],
Nous vous laissons ici pour leur rendre du cœur.690
Allons, ma sœur, allons, ne perdons plus de larmes[747]:
Contre tant de vertus ce sont de foibles armes[748].
Ce n'est qu'au désespoir qu'il nous faut recourir.
Tigres, allez combattre, et nous, allons mourir.