En est-ce fait, Julie, et que m'apportez-vous?765
Est-ce la mort d'un frère, ou celle d'un époux?
Le funeste succès de leurs armes impies[753]
De tous les combattants a-t-il fait des hosties[754],
Et m'enviant l'horreur que j'aurois des vainqueurs,
Pour tous tant qu'ils étoient demande-t-il mes pleurs[755]?770
JULIE.
Quoi? ce qui s'est passé, vous l'ignorez encore?
SABINE.
Vous faut-il étonner de ce que je l'ignore,
Et ne savez-vous point que de cette maison
Pour Camille et pour moi l'on fait une prison?
Julie, on nous renferme, on a peur de nos larmes;775
Sans cela nous serions au milieu de leurs armes,
Et par les désespoirs d'une chaste amitié,
Nous aurions des deux camps tiré quelque pitié.
Il n'étoit pas besoin d'un si tendre spectacle:
Leur vue à leur combat apporte assez d'obstacle.780
Sitôt qu'ils ont paru prêts à se mesurer,
On a dans les deux camps entendu murmurer[756]:
A voir de tels amis, des personnes si proches,
Venir pour leur patrie aux mortelles approches,
L'un s'émeut de pitié, l'autre est saisi d'horreur,785
L'autre d'un si grand zèle admire la fureur;
Tel porte jusqu'aux cieux leur vertu sans égale,
Et tel l'ose nommer sacrilége et brutale.
Ces divers sentiments n'ont pourtant qu'une voix;
Tous accusent leurs chefs, tous détestent leur choix;790
Et ne pouvant souffrir un combat si barbare,
On s'écrie, on s'avance, enfin on les sépare.
SABINE.
Que je vous dois d'encens, grands Dieux, qui m'exaucez!
JULIE.