«Quoi me braver encor après ce qu'il a fait!
Par la rébellion couronner son forfait!»
Enfin, au commencement de la dernière scène de l'ouvrage, ces deux vers dits par l'Infante:
Sèche tes pleurs, Chimène, et reçois sans tristesse
Ce généreux vainqueur des mains de ta princesse,
sont remplacés par ceux-ci, que prononce don Fernand:
«Approche-toi, Rodrigue, et toi reçois, ma fille,
De la main de ton roi, l'appui de la Castille.»
Il est difficile d'imaginer des changements plus malheureux, et une telle poésie est bien indigne, non-seulement de Corneille, mais aussi de Jean-Baptiste Rousseau.
Toutefois ce texte fut généralement adopté pour la scène, et le public s'y accoutuma si bien, que le retour à la rédaction authentique parut toujours une innovation des plus hardies. Elle fut tentée, mais vainement, en 1737 et en 1741; enfin, le 1er juin 1806, l'Empereur voulut entendre à Saint-Cloud la pièce complète. Monvel joua don Diègue; Talma, Rodrigue; Mlle Duchesnois, Chimène; Lafon, le Roi; Mlle Georges, l'Infante. Malgré cette admirable composition de troupe, l'épreuve ne fut pas favorable, et l'Infante ne parut pas au Théâtre-Français.
La suppression si considérable que nous venons de rappeler ne fut pas la seule qui eut lieu dans le Cid. Ou avait pris l'habitude de retrancher la première scène entre Elvire et Chimène, et de commencer brusquement la pièce par ces vers que le Comte adresse à don Diègue.
Enfin vous l'emportez, et la faveur du Roi
Vous élève en un rang qui n'étoit dû qu'à moi[131].
Dans son commentaire, Voltaire déplore cette coutume des comédiens, qui, de son temps, passaient aussi le couplet célèbre: