Vous deviez la traiter avec moins de rigueur.1325
HORACE.
Ne me dis point qu'elle est et mon sang et ma sœur.
Mon père ne peut plus l'avouer pour sa fille:
Qui maudit son pays renonce à sa famille;
Des noms si pleins d'amour ne lui sont plus permis;
De ses plus chers parents il fait ses ennemis:1330
Le sang même les arme en haine de son crime.
La plus prompte vengeance en est plus légitime[812];
Et ce souhait impie, encore qu'impuissant,
Est un monstre qu'il faut étouffer en naissant.
SCÈNE VII.
HORACE, SABINE, PROCULE.
SABINE.
A quoi s'arrête ici ton illustre colère?1335
Viens voir mourir ta sœur dans les bras de ton père;
Viens repaître tes yeux d'un spectacle si doux:
Ou si tu n'es point las de ces généreux coups[813],
Immole au cher pays des vertueux Horaces
Ce reste malheureux du sang des Curiaces.1340
Si prodigue du tien, n'épargne pas le leur;
Joins Sabine à Camille, et ta femme à ta sœur;
Nos crimes sont pareils, ainsi que nos misères;
Je soupire comme elle, et déplore mes frères:
Plus coupable en ce point contre tes dures lois,1345
Qu'elle n'en pleuroit qu'un, et que j'en pleure trois,
Qu'après son châtiment ma faute continue.
HORACE.
Sèche tes pleurs, Sabine, ou les cache à ma vue:
Rends-toi digne du nom de ma chaste moitié,
Et ne m'accable point d'une indigne pitié.1350
Si l'absolu pouvoir d'une pudique flamme
Ne nous laisse à tous deux qu'un penser et qu'une âme,
C'est à toi d'élever tes sentiments aux miens,
Non à moi de descendre à la honte des tiens.
Je t'aime, et je connois la douleur qui te presse;1355
Embrasse ma vertu pour vaincre ta foiblesse,
Participe à ma gloire au lieu de la souiller.
Tâche à t'en revêtir, non à m'en dépouiller.
Es-tu de mon honneur si mortelle ennemie,
Que je te plaise mieux couvert d'une infamie[814]?1360
Sois plus femme que sœur, et te réglant sur moi,
Fais-toi de mon exemple une immuable loi.
SABINE.