CINNA.
C'est elle-même, ô Dieux!
AUGUSTE.
Et toi, ma fille, aussi!
ÉMILIE.
Oui, tout ce qu'il a fait, il l'a fait pour me plaire[1099],1565
Et j'en étois, Seigneur, la cause et le salaire.
AUGUSTE.
Quoi? l'amour qu'en ton cœur j'ai fait naître aujourd'hui
T'emporte-t-il déjà jusqu'à mourir pour lui?
Ton âme à ces transports un peu trop s'abandonne,
Et c'est trop tôt aimer l'amant que je te donne.1570
ÉMILIE.
Cet amour qui m'expose à vos ressentiments
N'est point le prompt effet de vos commandements;
Ces flammes dans nos cœurs sans votre ordre étoient nées[1100],
Et ce sont des secrets de plus de quatre années;
Mais quoique je l'aimasse et qu'il brulât pour moi,1575
Une haine plus forte à tous deux fit la loi;
Je ne voulus jamais lui donner d'espérance,
Qu'il ne m'eût de mon père assuré la vengeance;
Je la lui fis jurer; il chercha des amis:
Le ciel rompt le succès que je m'étois promis,1580
Et je vous viens, Seigneur, offrir une victime,
Non pour sauver sa vie en me chargeant du crime:
Son trépas est trop juste après son attentat,
Et toute excuse est vaine en un crime d'État:
Mourir en sa présence, et rejoindre mon père,1585
C'est tout ce qui m'amène, et tout ce que j'espère.