SÉVÈRE.

Juge autrement de moi: mon respect dure encore;
Tout violent qu'il est, mon désespoir l'adore.
Quels reproches aussi peuvent m'être permis?
De quoi puis-je accuser qui ne m'a rien promis?
Elle n'est point parjure, elle n'est point légère:445
Son devoir m'a trahi, mon malheur, et son père.
Mais son devoir fut juste, et son père eut raison:
J'impute à mon malheur toute la trahison;
Un peu moins de fortune, et plus tôt arrivée,
Eût gagné l'un par l'autre, et me l'eût conservée;450
Trop heureux, mais trop tard, je n'ai pu l'acquérir:
Laisse-la-moi donc voir, soupirer, et mourir.

FABIAN.

Oui, je vais l'assurer qu'en ce malheur extrême
Vous êtes assez fort pour vous vaincre vous-même.
Elle a craint comme moi ces premiers mouvements455
Qu'une perte imprévue arrache aux vrais amants,
Et dont la violence excite assez de trouble,
Sans que l'objet présent l'irrite et le redouble[1211].

SÉVÈRE.

Fabian, je la vois.

FABIAN.

SÉVÈRE.

Hélas! elle aime un autre, un autre est son époux.460

SCÈNE II.