POLYEUCTE.
Sévère, à mon défaut, fera ta récompense.
Va, ne perds point de temps, et reviens promptement.
CLÉON.
Je serai de retour, Seigneur, dans un moment.
SCÈNE II.
POLYEUCTE.
(Les gardes se retirent aux coins du théâtre[1273].)
Source délicieuse, en misères féconde[1274],1105
Que voulez-vous de moi, flatteuses voluptés?
Honteux attachements de la chair et du monde,
Que ne me quittez-vous, quand je vous ai quittés?
Allez, honneurs, plaisirs, qui me livrez la guerre:
Toute votre félicité,1110
Sujette à l'instabilité,
En moins de rien tombe par terre;
Et comme elle a l'éclat du verre,
Elle en a la fragilité[1275].
Ainsi n'espérez pas qu'après vous je soupire:1115
Vous étalez en vain vos charmes impuissants;
Vous me montrez en vain par tout ce vaste empire
Les ennemis de Dieu pompeux et florissants.
Il étale à son tour des revers équitables
Par qui les grands sont confondus;1120
Et les glaives qu'il tient pendus
Sur les plus fortunés coupables[1276]
Sont d'autant plus inévitables,
Que leurs coups sont moins attendus.
Tigre altéré de sang, Décie impitoyable[1277],1125
Ce Dieu t'a trop longtemps abandonné les siens;
De ton heureux destin vois la suite effroyable:
Le Scythe va venger la Perse et les chrétiens[1278];
Encore un peu plus outre, et ton heure est venue;
Rien ne t'en sauroit garantir;1130
Et la foudre qui va partir,
Toute prête à crever la nue,
Ne peut plus être retenue
Par l'attente du repentir.