PAULINE.

Que cet hélas a de peine à sortir!
Encor s'il commençoit un heureux repentir[1285],
Que tout forcé qu'il est, j'y trouverois de charmes!1255
Mais courage, il s'émeut, je vois couler des larmes.

POLYEUCTE.

J'en verse, et plût à Dieu qu'à force d'en verser
Ce cœur trop endurci se pût enfin percer!
Le déplorable état où je vous abandonne
Est bien digne des pleurs que mon amour vous donne;
Et si l'on peut au ciel sentir quelques douleurs[1286],
J'y pleurerai pour vous l'excès de vos malheurs;
Mais si, dans ce séjour de gloire et de lumière,
Ce Dieu tout juste et bon peut souffrir ma prière,
S'il y daigne écouter un conjugal amour,1265
Sur votre aveuglement il répandra le jour.
Seigneur, de vos bontés il faut que je l'obtienne[1287];
Elle a trop de vertus pour n'être pas chrétienne:
Avec trop de mérite il vous plut la former,
Pour ne vous pas connoître et ne vous pas aimer,1270
Pour vivre des enfers esclave infortunée,
Et sous leur triste joug mourir comme elle est née.

PAULINE.

Que dis-tu, malheureux? qu'oses-tu souhaiter?

POLYEUCTE.

Ce que de tout mon sang je voudrois acheter.

PAULINE.

Que plutôt....