Madame, toutefois parmi leurs bons succès
Vous montrez un chagrin qui va jusqu'à l'excès[262].
Cet amour, qui tous deux les comble d'allégresse,
Fait-il de ce grand cœur la profonde tristesse,
Et ce grand intérêt que vous prenez pour eux75
Vous rend-il malheureuse alors qu'ils sont heureux?
Mais je vais trop avant, et deviens indiscrète.
L'INFANTE.
Ma tristesse redouble à la tenir secrète.
Écoute, écoute enfin comme j'ai combattu,
Écoute quels assauts brave encor ma vertu[263].80
L'amour est un tyran qui n'épargne personne:
Ce jeune cavalier[264], cet amant que je donne[265],
Je l'aime[266].
LÉONOR.
Vous l'aimez!
L'INFANTE.
Mets la main sur mon cœur,
Et vois comme il se trouble au nom de son vainqueur,
Comme il le reconnoît.
LÉONOR.
Pardonnez-moi, Madame,85
Si je sors du respect pour blâmer cette flamme[267].
Une grande princesse à ce point s'oublier
Que d'admettre en son cœur un simple cavalier[268]!
Et que diroit le Roi? que diroit la Castille[269]?
Vous souvient-il encor de qui vous êtes fille?90
L'INFANTE.