«On m'a dit que pour la bien défendre (l'Excuse à Ariste), il assure qu'elle étoit faite il y a déjà plus de trois ans. Vraiment je n'imputerois qu'à vanité cette ridicule saillie si elle étoit postérieure au Cid, puisque le grand bruit qu'il a fait d'abord et par hasard pouvoit étourdir une cervelle comme la sienne; mais d'avoir eu ces sentiments et les avoir exprimés avant le succès de cette plus heureuse que bonne pièce, il me pardonnera s'il lui plaît, je treuve que c'est proprement s'ivrer avec de l'eau froide ou du vinaigre, et se faire un sceptre de sa marotte[49]

Ces réflexions prouvent de la façon la plus indubitable que l'Excuse à Ariste n'a été imprimée qu'après le succès du Cid, et, malgré les allégations des partisans de Corneille, il n'est point permis de croire qu'elle ait été composée auparavant.

Nous trouvons, quant à nous, la plus grande analogie entre cette pièce de vers et la belle épître imprimée en tête de la Suivante en septembre 1637; le sixain qu'elle renferme est tout à fait du même ton que l'Excuse, et les deux morceaux nous paraissent également répondre aux clameurs des critiques du Cid[50].

La première réponse à l'épître de Corneille fut: «L'Autheur du vray Cid espagnol à son traducteur français, sur une Lettre en vers qu'il a fait imprimer, intitulée «Excuse à Ariste,» où après cent traicts de vanité il dit de soy-mesme:

Je ne dois qu'à moy seul toute ma renommée.»

Cette réponse, composée seulement de six stances[51], se termine par les vers suivants:

Ingrat, rends-moi mon Cid jusques au dernier mot:
Après tu connoîtras, Corneille déplumée,
Que l'esprit le plus vain est souvent le plus sot,
Et qu'enfin tu me dois toute ta renommée.

Elle est signée Don Baltazar de la Verdad. Corneille et ses partisans n'hésitèrent pas à l'attribuer à Mairet. «Bien que vous y fissiez parler un auteur espagnol dont vous ne saviez pas le nom, lui dirent-ils plus tard, la foiblesse de votre style vous découvroit assez[52]

C'est du Mans que Mairet envoyait ces belles choses, et Claveret, qui comme lui s'était montré l'ami de Corneille et qui même avait adressé à ce dernier des vers élogieux que nous avons imprimés en tête de la Veuve, se chargea de répandre dans Paris le libelle où notre poëte était traité d'une façon si outrageante. La manière dont il s'en défend n'est guère propre à établir son innocence: «J'ai découvert enfin, écrit-il à Corneille, qu'on vous avoit fait croire que j'avois contribué quelque chose à la distribution des premiers vers qui vous furent adressés sous le nom du Vrai Cid espagnol, et qu'y voyant votre vaine gloire si judicieusement combattue, vous n'aviez pu vous empêcher de pester contre moi, parce que vous ne saviez à qui vous en prendre. Je ne crois pas être criminel de lèse-amitié pour en avoir reçu quelques copies comme les autres et leur avoir donné la louange qu'ils méritent[53]

Corneille répondit à l'Autheur du vray Cid espagnol par le rondeau[54] qui commence ainsi: