CHIMÈNE.
Mais n'est-il point blessé?
ELVIRE.
Je n'en ai rien appris.
Vous changez de couleur! reprenez vos esprits.
CHIMÈNE.
Reprenons donc aussi ma colère affoiblie:1125
Pour avoir soin de lui faut-il que je m'oublie?
On le vante, on le loue, et mon cœur y consent!
Mon honneur est muet, mon devoir impuissant!
Silence, mon amour, laisse agir ma colère:
S'il a vaincu deux rois, il a tué mon père[443];1130
Ces tristes vêtements, où je lis mon malheur,
Sont les premiers effets qu'ait produits[444] sa valeur;
Et quoi qu'on die ailleurs d'un cœur si magnanime[445],
Ici tous les objets me parlent de son crime.
Vous qui rendez la force à mes ressentiments,1135
Voiles[446], crêpes, habits, lugubres ornements,
Pompe que me prescrit sa première victoire[447],
Contre ma passion soutenez bien ma gloire;
Et lorsque mon amour prendra trop de pouvoir[448],
Parlez à mon esprit de mon triste devoir,1140
Attaquez sans rien craindre une main triomphante.
ELVIRE.
Modérez ces transports, voici venir l'Infante.