DON FERNAND.
Puisque vous le voulez, j'accorde qu'il le fasse;1425
Mais d'un guerrier vaincu mille prendroient la place,
Et le prix que Chimène au vainqueur a promis
De tous mes cavaliers feroit ses ennemis[494].
L'opposer seul à tous seroit trop d'injustice:
Il suffit qu'une fois il entre dans la lice.1430
Choisis qui tu voudras, Chimène, et choisis bien;
Mais après ce combat ne demande plus rien.
DON DIÈGUE.
N'excusez point par là ceux que son bras étonne:
Laissez un champ ouvert, où n'entrera personne[495].
Après ce que Rodrigue a fait voir aujourd'hui,1435
Quel courage assez vain s'oseroit prendre à lui?
Qui se hasarderoit contre un tel adversaire?
Qui seroit ce vaillant, ou bien ce téméraire?
DON SANCHE.
Faites ouvrir le champ: vous voyez l'assaillant[496];
Je suis ce téméraire, ou plutôt ce vaillant.1440
Accordez cette grâce à l'ardeur qui me presse,
Madame: vous savez quelle est votre promesse.
DON FERNAND.
Chimène, remets-tu ta querelle en sa main?
CHIMÈNE.
Sire, je l'ai promis.