La Mort de Pompee, tragedie. A Paris, chez Antoine de Sommauille.... et Augustin Courbé.... M.DC.XLIV. Auec priuilege du Roy.

Elle forme un volume in-4o de 7 feuillets et 100 pages, orné d'un frontispice de Chauveau représentant le meurtre de Pompée. L'achevé d'imprimer est du 16 février; le privilége, commun à la Mort de Pompée et au Menteur, avait été accordé le 22 janvier à Corneille, qui l'avait cédé aux deux libraires dont les noms figurent sur le titre. Cette tragédie a été imprimée sous la même date et avec la même adresse dans le format in-12.

La dédicace, adressée à Mazarin, est suivie, dans ces deux éditions de 1644, d'une pièce de vers intitulée: A Son Éminence, Remercîment, présentée trois mois auparavant par Corneille au Cardinal, pour lui rendre grâce d'un présent, dont le poëte se sentait d'autant plus touché qu'il n'avait rien eu à faire pour l'obtenir. On trouvera dans les Poésies diverses ce remercîment, et le court avis Au lecteur dont il est suivi dans l'édition in-12 seulement, avis où Corneille rappelle les circonstances qui le lui ont inspiré.

ÉPÎTRE.

A MONSEIGNEUR
L'ÉMINENTISSIME CARDINAL MAZARIN[21].

Monseigneur,

Je présente le grand Pompée à Votre Éminence, c'est-à-dire le plus grand personnage de l'ancienne Rome au plus illustre de la nouvelle. Je mets sous la protection du premier ministre de notre jeune roi un héros qui dans sa bonne fortune fut le protecteur de beaucoup de rois, et qui dans sa mauvaise eut encore des rois pour ses ministres. Il espère de la générosité de Votre Éminence qu'elle ne dédaignera pas de lui conserver cette seconde vie que j'ai tâché de lui redonner, et que lui rendant cette justice qu'elle fait rendre par tout le royaume, elle le vengera pleinement de la mauvaise politique de la cour d'Égypte. Il l'espère, et avec raison, puisque dans le peu de séjour qu'il a fait en France, il a déjà su de la voix publique que les maximes dont vous vous servez pour la conduite de cet État ne sont point fondées sur d'autres principes que sur ceux de la vertu. Il a su d'elle les obligations que vous a la France de l'avoir choisie pour votre seconde mère, qui vous est d'autant plus redevable, que les grands services que vous lui rendez sont de purs effets de votre inclination et de votre zèle, et non pas des devoirs de votre naissance. Il a su d'elle que Rome[22] s'est acquittée envers notre jeune monarque de ce qu'elle devoit à ses prédécesseurs, par le présent qu'elle lui a fait de votre personne. Il a su d'elle enfin que la solidité de votre prudence et la netteté de vos lumières enfantent des conseils si avantageux pour le gouvernement, qu'il semble que ce soit vous à qui, par un esprit de prophétie, notre Virgile ait adressé ce vers il y a plus de seize siècles:

Tu regere imperio populos, Romane, memento[23].

Voilà, Monseigneur, ce que ce grand homme a appris en apprenant à parler françois: