D'un hoquet éternel sépare ses paroles,
Et lorsque l'on lui dit: Et commandez ici,
il répond:
Connaissez-vous César, de lui parler ainsi?
Que m'offriroit de pis la fortune ennemie,
A moi qui tiens le sceptre égal à l'infamie[13]?...
Plus tard, l'élève de prédilection de Molière, Michel Baron, a rempli à son tour ce même rôle avec un grand succès[14].
Cornélie fut un des triomphes d'Adrienne le Couvreur. Le plus beau portrait de cette actrice, que la gravure de Drevet a rendu presque populaire, est celui où Coypel l'a représentée dans ce rôle, vêtue de deuil et portant l'urne qui contient les cendres de Pompée. La vue de cette belle peinture a inspiré à Mlle Clairon les réflexions suivantes: «L'ignorance et la fantaisie font faire tant de contre-sens au théâtre, qu'il est impossible que je les relève tous; mais il en est un que je ne puis passer sous silence: c'est de voir arriver Cornélie en noir. Le vaisseau dans lequel elle fuit, le peu de moments qui se sont écoulés entre l'assassinat de son époux et son arrivée à Alexandrie, n'ont pu lui laisser le temps ni les moyens de se faire faire des habits de veuve; et certainement les dames romaines n'avaient point la précaution d'en tenir de tout prêts dans leur bagage. La célèbre le Couvreur, en se faisant peindre dans ce vêtement, prouve qu'elle le portait au théâtre. Ce devrait être une autorité imposante pour moi-même; mais, d'après la réputation qui lui reste, j'ose croire qu'elle n'a fait cette faute que d'après quelques raisons que j'ignore, et qu'elle-même en sentait tout le ridicule[15].»
Les Mémoires pour Marie-Françoise Dumesnil répondent, non sans raison, à Mlle Clairon: «Êtes-vous bien sûre qu'il fallût à une dame romaine, pour se mettre en deuil, tout l'attirail d'une dame française? Êtes-vous bien sûre qu'elle eût besoin de marchandes de modes, de cordonniers, de tailleurs, de frangiers, de bijoutiers, pour se revêtir des habits funèbres?... Je me permettrai de vous proposer une moyenne proportionnelle. L'actrice qui jouera Cornélie ne pourra désormais être en deuil d'appareil, mais elle portera un voile noir relevé et se drapera de noir. Il est à croire que la célèbre le Couvreur ne s'est permis aucune innovation en portant des habits de deuil dans le rôle de Cornélie. Il est à croire que l'actrice qui l'avait précédée jouait le rôle dans le même costume sous les yeux de Corneille[16].»
Du reste, Mlle Clairon nous apprend qu'elle ne représenta jamais Cornélie: «Ayant à jouer ce rôle, dit-elle, j'ai fait sur lui toutes les études dont j'étais capable: aucune ne m'a réussi. La modulation que je voulais établir d'après le personnage historique n'allait point du tout avec le personnage théâtral; autant le premier me paraissait noble, simple, touchant, autant l'autre me paraissait gigantesque, déclamatoire et froid. Je me gardai bien de penser que le public et Corneille eussent tort: ma vanité n'allait point jusque-là; mais pour ne pas la compromettre, je me promis de me taire, et de ne jamais jouer Cornélie[17].» Elle comprit, au contraire, et joua parfaitement dans la même pièce le rôle de Cléopatre[18].