1862

[ VII] [ 1]

THÉODORE
VIERGE ET MARTYRE
TRAGÉDIE CHRÉTIENNE
1645

[ 2]

NOTICE.

Tous les historiens de notre scène et tous les éditeurs de Corneille s'accordent à dire que Théodore fut mise au théâtre en 1645[ [1]. Elle n'y demeura pas longtemps. «La représentation de cette tragédie n'a pas eu grand éclat,» dit notre poëte avec sa franchise habituelle[ [2]. A en croire l'auteur du Journal du Théâtre françois[ [3], cette pièce fut jouée par «les comédiens du Roi» et n'eut que cinq représentations. Il est certain du moins qu'elle n'a pas été reprise à Paris. En effet, Corneille, après avoir remarqué, dans l'Examen de la Suite du Menteur[ [4], que cette dernière pièce y fut rejouée, mais qu'elle ne fut pas représentée par les comédiens de province, ajoute: «Le contraire est arrivé de Théodore, que les troupes de Paris n'y ont point rétablie depuis sa disgrâce, mais que celles des provinces y ont fait assez passablement réussir.»

«On ne put souffrir dans Théodore, dit Fontenelle, la seule idée du péril de la prostitution, et si le public étoit devenu si délicat, à qui M. Corneille devoit-il s'en prendre qu'à lui-même[ [5]?» A cette occasion Fontenelle rappelle les singulières libertés de Hardy. Peut-être eût-il mieux valu citer la Tragedie de sainte Agnès, par le sieur d'Aves, qui nous montre comment on osait traiter un sujet tout à fait analogue à celui de Théodore, trente ans avant la représentation de cette pièce. Quoique, dans la dédicace adressée «A noble et vertueuse dame Françoise d'Averton,» l'auteur nous apprenne qu'il n'agit que pour remplir les ordres de cette sainte personne, et qu'il n'a eu «d'autre but que l'honneur de la gloire de Dieu,» on trouve dans son ouvrage des scènes que nous n'oserions citer, et dont l'Argument placé dans l'Appendice qui suit Théodore donnera une idée plus que suffisante. Cette tragédie, imprimée à Rouen par David du Petit Val, en 1615, forme un volume in-12; Pierre Troterel, sieur d'Aves, qui en est l'auteur, n'a pas composé moins d'une dizaine de pièces, dont la dernière est de 1627. On ne sait presque rien sur lui, mais dans l'épigramme suivante il nous a appris lui-même qu'il était Normand[ [6]:

Il faut, lecteur, que je te die

Que je demeure en Normandie.

Le lieu de ma nativité