SCÈNE V.
Au milieu de ce tonnerre qui gronde et des éclairs qui brillent continuellement, Éole descend dans un nuage avec huit vents qui l'accompagnent. Quatre de ces vents sont à ses deux côtés, en sorte toutefois que les deux plus proches sont portés sur le même nuage que lui, et les deux plus éloignés sont comme volants en l'air tout contre ce même nuage. Les quatre autres paroissent deux à deux, au milieu de l'air, sur les ailes du théâtre, deux à la main gauche et deux à la droite. Éole demeure à la même hauteur sans descendre plus bas, et c'est de là qu'il interrompt les blasphèmes de Phinée, et que lui ayant dit impérieusement que les Dieux savent bien se faire obéir, il commande à ces vents d'exécuter les ordres de Neptune, dont il est le premier ministre. Ce commandement produit aussitôt un spectacle étrange et merveilleux tout ensemble: les deux vents qui étoient à ses côtés suspendus en l'air s'envolent, l'un à gauche et l'autre à droite; deux autres remontent avec lui vers le ciel sur le même nuage qui les vient d'apporter; deux autres qui étoient à sa main gauche sur les ailes du théâtre s'avancent au milieu de l'air, où ayant fait un tour, ainsi que deux tourbillons, ils passent au côté droit du théâtre, d'où les deux derniers fondent sur Andromède, et l'ayant saisie chacun par un bras, l'enlèvent de l'autre côté jusque dans les nues. Le Roi s'écrie d'étonnement; Phinée court après cette princesse, que les vents emportent, et
SCÈNE VI.
Persée, demeuré seul avec ce déplorable père, l'assure qu'il la va secourir. Ce monarque l'en veut détourner sur l'impossibilité de l'entreprise, en laquelle vingt amants avoient succombé pour Nérée il n'y avoit qu'un mois; mais ce héros, loin de s'étonner, lui dit hautement qu'il trouvera des chemins inconnus aux hommes, pour faire en sorte que l'oracle de Vénus ait son effet, et l'expliquant à son avantage, il ajoute que les vents n'arrachent point Andromède à Phinée pour la perdre, mais seulement pour la rendre à un époux plus digne d'elle. Après cela, il quitte le Roi sans se faire connoître davantage, et ce monarque se retire pour aller faire des vœux qu'il ne croit pas qu'on veuille exaucer.
ACTE III.
SCÈNE I.
....[ [469] Timante vient sur le rivage, suivi d'un gros de peuple qui cherche ce que sa princesse est devenue. Ils la découvrent, comme ces vents se retirent après l'avoir attachée, et lui entendant pousser quelques soupirs, ils prêtent silence à ses plaintes. Andromède les continue; mais elle n'a plus cette fermeté de courage qu'elle avoit montrée en la présence de son père et de son amant. L'abandonnement où elle se voit, et les approches d'une mort aussi infaillible qu'épouvantable, ébranlent son grand cœur, et sa foiblesse paroîtroit toute entière si elle n'étoit interrompue par les désespoirs de la Reine.
SCÈNE II.
Cette déplorable mère se fait voir toute furieuse, et sa fureur garde encore le caractère de la vanité qui l'a précipitée en des malheurs si grands. Après avoir accusé les Dieux d'injustice de punir la fille des crimes dont sa mère est seule coupable, elle en impute la cause à leur jalousie, et à la juste crainte qu'ils doivent avoir qu'Andromède n'eût plus d'autels qu'eux s'ils la laissoient vivre. Elle leur reproche ensuite leur aveuglement ou stupidité, de ce qu'ils ne sont pas tous assez amoureux de sa fille pour la sauver; elle soutient que Jupiter a changé de forme pour des beautés moindres; elle dit la même chose de Neptune, d'Apollon et des autres; il n'est pas jusques aux Tritons qu'elle ne fasse criminels de n'avoir point d'amour pour elle, et de n'écraser pas leur monstre à ses pieds en dépit de leurs Néréides.