DÉCORATION DU TROISIÈME ACTE.

Il se fait ici une si étrange métamorphose, qu'il semble qu'avant que de sortir de ce jardin Persée ait découvert[ [597] cette monstrueuse[ [598] tête de Méduse qu'il porte partout sous son bouclier. Les myrtes et les jasmins qui le composoient sont devenus des rochers affreux, dont les masses inégalement escarpées et bossues suivent si parfaitement le caprice de la nature, qu'il semble qu'elle ait plus contribué que l'art à les placer ainsi des deux côtés du théâtre: c'est en quoi l'artifice de l'ouvrier est merveilleux, et se fait voir d'autant plus, qu'il prend soin de se cacher. Les vagues s'emparent de toute la scène, à la réserve de cinq ou six pieds qu'elles laissent pour leur servir de rivage; elles sont dans une agitation continuelle, et composent comme un golfe enfermé entre ces deux rangs[ [599] de falaises; on en voit l'embouchure se dégorger dans la pleine mer, qui paroît si vaste et d'une si grande étendue, qu'on jureroit que les vaisseaux qui flottent près de l'horizon[ [600], dont la vue est bornée, sont éloignés de plus de six lieues de ceux qui les considèrent. Il n'y a personne qui ne juge que cet horrible spectacle est le funeste appareil de l'injustice des Dieux et du supplice d'Andromède; aussi la voit-on au haut des nues, d'où les deux vents[ [601] qui l'ont enlevée l'apportent avec impétuosité et l'attachent[ [602] au pied d'un de ces rochers.

SCÈNE PREMIÈRE.

ANDROMÈDE, au pied d'un rocher; deux Vents qui l'y attachent; TIMANTE; CHŒUR DE PEUPLE sur le rivage.

TIMANTE.

Allons voir, chers amis, ce qu'elle est devenue, 780

La Princesse, et mourir, s'il se peut, à sa vue.

CHŒUR[ [603].

La voilà que ces vents achèvent d'attacher,