NOTICE.

Dans son chapitre intitulé Extravagants, visionnaires, fantasques, bizarres, etc., Tallemant parle en ces termes d'Alexandre de Rieux, marquis de Sourdeac, baron de Neufbourg: Il «....a épousé.... une des deux héritières de Neufbourg en Normandie, où il demeure; c'est un original. Il se fait courre par ses paysans, comme on court un cerf, et dit que c'est pour faire exercice; il a de l'inclination aux mécaniques; il travaille de la main admirablement: il n'y a pas un meilleur serrurier au monde. Il lui a pris une fantaisie de faire jouer chez lui une comédie en musique, et pour cela il a fait faire une salle qui lui coûte au moins dix mille écus. Tout ce qu'il faut pour le théâtre et pour les siéges et les galeries, s'il ne travailloit lui-même, lui reviendroit, dit-on, à plus de deux fois autant. Il avoit pour cela fait faire une pièce par Corneille; elle s'appelle les Amours de Médée; mais ils n'ont pu convenir de prix. C'est un homme riche et qui n'a point d'enfants. Hors cela, il est assez économe[ [291].» M. Paulin Paris dit dans son commentaire que ceci a été écrit vers 1659. C'est sans doute après le 1er décembre, car à cette date l'affaire n'était pas encore rompue, et Thomas Corneille écrivait à l'abbé de Pure: «M. de Sourdeac fait toujours travailler à la machine, et j'espère qu'elle paroîtra à Paris sur la fin de janvier.» Du reste, les difficultés qui survinrent furent bientôt levées: Corneille et M. de Sourdeac tombèrent d'accord, et la pièce fut représentée avec beaucoup d'éclat. «On se souviendra longtemps, dit le rédacteur du Mercure galant[ [292], de la magnificence avec laquelle ce marquis donna une grande fête dans son château de Neubourg, en réjouissance de l'heureux mariage de Sa Majesté, et de la paix qu'il lui avoit plu donner à ses peuples. La tragédie de la Toison d'or, mêlée de musique et de superbes spectacles, fut faite exprès pour cela. Il fit venir au Neubourg les comédiens du Marais, qui l'y représentèrent plusieurs fois, en présence de plus de soixante des plus considérables personnes de la province, qui furent logées dans le château, et régalées pendant plus de huit jours, avec toute la propreté et toute l'abondance imaginable[ [293]. Cela se fit au commencement de l'hiver de l'année 1660[ [294], et ensuite M. le marquis de Sourdeac donna aux comédiens toutes les machines et toutes les décorations qui avoient servi à ce grand spectacle, qui attira tout Paris, chacun y ayant couru longtemps en foule[ [295]

Il fallut beaucoup de temps aux acteurs du Marais pour transporter dans leur théâtre les décorations que leur avait données le marquis. Dans la Muse historique du 1er janvier 1661, Loret nous tient au courant de ces travaux préparatoires:

Les comédiens du Marais

Font un inconcevable apprêt,

Pour jouer, comme une merveille,

Le Jason de Monsieur Corneille.

Dans le numéro du 19 février suivant, le même journaliste fait ainsi le compte rendu de la première représentation, qui avait eu lieu quelques jours auparavant:

La conquête de la Toison