Pour voir l'illustre Toison d'or[ [298]?

«En 1664, dit le Dictionnaire portatif des théâtres, on la remit au théâtre avec la même réussite. Le 9 juillet 1683, on la reprit avec un prologue de la Chapelle, et il y avoit tout lieu de croire qu'elle auroit encore un grand succès; mais à peine achevoit-on le prologue à la dixième représentation, que les comédiens interrompirent le spectacle, étant informés que la Reine venoit de mourir, et ils firent rendre l'argent à la porte.»

Ce prologue de la Chapelle est imprimé dans un volume intitulé: La Toison d'or, tragédie en machines de M. de Corneille l'aisné (Paris, V. Adam, 1683, in-4o). Ce volume, inscrit sous le no 1646 dans le Catalogue de M. Giraud, et décrit par M. Brunet[ [299], renferme la description des décorations entreprises sous la conduite du sieur Dufort, qui, l'année précédente, avait exécuté celles d'Andromède lors de la reprise de cet ouvrage[ [300]. La dépense considérable qu'occasionnent les pièces de ce genre empêcha la Toison d'or, de reparaître sur le théâtre[ [301].

Le 27 janvier 1661, Augustin Courbé obtint un privilége qui lui permettait «de faire imprimer, vendre et débiter en tous les lieux de l'obéissance de Sa Majesté, une tragédie, composée par Pierre Corneille, intitulée la Conqueste de la Toison d'or, avec les Desseins de ladite pièce.» C'est dans ces Desseins, publiés avant la pièce, que ce privilége parut pour la première fois. Ils ne sont autre chose qu'une sorte de programme semblable à celui d'Andromède[ [302], et qui, de même que ce dernier, n'avait été réuni, dans aucune des éditions antérieures à la nôtre, aux Œuvres de Corneille[ [303]. On tenait si fort à ce que ce programme fût prêt au moment où l'on représenterait la pièce au théâtre du Marais, que l'Achevé d'imprimer est du 31 janvier 1661, c'est-à-dire postérieur de quatre jours seulement à l'obtention du privilége. On y trouve, dans le prologue, un éloge de Mazarin, en onze vers, qui n'existe que là, et que Corneille a supprimé dès la première édition de la pièce[ [304]. Ce changement n'est assurément pas le seul que Corneille ait fait à ce prologue en le publiant; en effet, on y lit[ [305] un passage relatif au mariage du duc d'Orléans avec Henriette d'Angleterre, qui n'a pu être composé qu'après la représentation.

La première édition de la tragédie forme un volume in-12 de 6 feuillets et 105 pages, intitulé: la Toison d'or, tragedie, representée par la troupe royale du Marests, chez Mr le marquis de Sourdeac, en son chasteau du Neufbourg, pour réjouissance publique du Mariage du Roy, et de la Paix auec l'Espagne, et en suite sur le Theatre Royal du Marests. Imprimée à Rouen, et se vend à Paris chez Augustin Courbé.... et Guillaume de Luyne.... M.DC.LXI. Auec priuilege du Roy.

Le privilége est le même que dans les Desseins; l'Achevé d'imprimer est du 10 de mai 1661.

DESSEINS
DE LA TOISON D'OR,
TRAGÉDIE

REPRESENTÉE PAR LA TROUPE ROYALE DU MARAIS, CHEZ Mr LE MARQUIS DE SOURDEAC, EN SON CHATEAU DE NEUFBOURG, POUR RÉJOUISSANCE PUBLIQUE DU MARIAGE DU ROI ET DE LA PAIX AVEC L'ESPAGNE, ET ENSUITE SUR LE THÉATRE ROYAL DU MARAIS[ [306].

PROLOGUE.