Descends, Hymen, et ramène sur terre[ [312]....
Après qu'on a cessé de chanter, la France fait ses conjouissances à la Paix, qui l'exhorte à n'être pas ingrate vers cette grande princesse, dont les regards favorables sont cause de sa liberté et du bonheur qu'elle en attend. Elle l'invite à lui préparer pour reconnoissance quelques spectacles pompeux par un effort extraordinaire de ce grand art où elle a de si belles lumières. La France s'en excuse d'abord sur son impuissance, qui ne permet pas des spectacles de cette nature au milieu de tant de ruines. Mais cet obstacle est levé tout à l'heure par l'Hyménée, qui présentant le portrait de la Reine aux deux côtés du théâtre, en fait changer les débris en un jardin aussi magnifique que surprenant, qui sert de décoration au premier acte.
ACTE PREMIER.
....[ [313]Chalciope et Médée sa sœur y paroissent les premières, et s'entretiennent de la défaite de Persès et des Scythes par le secours des Argonautes; de là tombant sur les devoirs que Jason rend à Médée, et la complaisance qu'elle a pour lui, Chalciope l'avertit qu'il se prépare au retour sitôt qu'il aura obtenu du Roi une grâce qu'il lui veut demander; sur quoi elle lui avoue que cette grâce n'est autre qu'elle-même, et l'aveu du Roi pour son mariage.
Le Roi vient avec le Prince Absyrte son fils, et après avoir exagéré l'importance du service qu'il a reçu de Jason et de ses compagnons, et le besoin qu'il a de leur valeur pour conserver la Toison d'or, dont dépend le destin de son État, il demande à Médée si elle n'a point quelques charmes assez forts pour les arrêter en son royaume. Absyrte, sans donner le temps à sa sœur de répondre, lui propose le mariage de cette princesse avec Jason comme un moyen infaillible de l'empêcher de partir. Le Roi l'approuve, et comme Jason se présente suivi de Zéthès, Calaïs, Orphée, et beaucoup d'autres, le Roi l'ayant enhardi à lui demander une récompense de ses services, dans la croyance qu'il lui demanderoit Médée, dont Absyrte lui avoit dit qu'il étoit amoureux, et s'étant engagé par serment à ne lui refuser rien, il demeure fort surpris, et cette princesse fort confuse, lorsque contre l'attente de l'un et de l'autre, Jason lui demande la Toison d'or. Il fait ses efforts pour lui faire changer de dessein, et n'être pas l'auteur de sa ruine, après l'avoir si bien secouru. Jason ne veut pas que ce qu'en a dit l'ombre de Phryxus mérite aucune foi, et presse si bien le Roi de lui tenir parole et ne violer pas son serment, qu'il le réduit à se retirer en colère, après lui avoir dit qu'il ne peut que lui permettre de se saisir lui-même de la Toison, s'il peut triompher des monstres qui la gardent, et donne ordre à Médée de lui apprendre quels sont les périls où il s'engage.
Médée tâche à lui faire peur des taureaux qu'il lui faut dompter, des gensdarmes qu'il lui faut défaire, et du dragon qu'il lui faut vaincre, et le quitte après lui avoir protesté qu'elle va redoubler leur fureur par la force de ses charmes.
Jason et ses compagnons, confus de voir les difficultés ou plutôt l'impossibilité de réussir en leur dessein, voient descendre Iris sur un arc-en-ciel. Cette vue leur donne espérance que Junon, dont cette nymphe est messagère, ne leur refusera pas son secours dans de si grands périls. Orphée l'en conjure au nom de tous par cet hymne qu'il chante:
Femme et sœur du maître des Dieux[ [314]....
Iris les assure ensuite que le secours de Junon et de Pallas ne leur manquera point, et qu'elles vont toutes deux leur confirmer ce qu'elle dit. Sur quoi on voit ces deux déesses chacune dans son char, dont l'un est tiré par des paons et l'autre par des hiboux. Toutes deux leur apprennent que le succès de leur entreprise dépend de l'amour de Médée pour Jason, et qu'ils n'en viendront jamais à bout si elle n'est de leur parti. Junon ajoute que pour l'y réduire elle va descendre en terre, et y prendre le visage et la forme de sa sœur Chalciope; et Pallas, qu'elle va les protéger au ciel contre les dieux du parti contraire; et soudain en même temps on voit Junon descendre, Pallas remonter, et Iris disparoître; et les Argonautes, ayant repris de nouvelles espérances sur ces promesses, se retirent pour aller sacrifier à l'Amour, de qui dépend toute leur fortune.