Et la mienne, Seigneur, la jugez-vous si forte,

Que vous ne craigniez point que ce moment l'emporte,

Que ce même soupir qui tranchera vos jours

Ne tranche aussi des miens le déplorable cours? 260

Vivez, Seigneur, vivez, afin que je languisse,

Qu'à vos feux ma langueur rende longtemps justice.

Le trépas à vos yeux me sembleroit trop doux,

Et je n'ai pas encore assez souffert pour vous.

Je veux qu'un noir chagrin à pas lents me consume,265

Qu'il me fasse à longs traits goûter son amertume;