Qui fait admirer à son âge

Ce grand et rare personnage.

Cette faible louange trouva peu d'écho. La pièce ne suscita ni cabale, ni libelles, ni parodies: elle tomba obscurément, et nous ne pouvons même retrouver la trace de cette chute, dont le souvenir ne nous a guère été conservé que par deux vers d'une épigramme, que Boileau fit à l'occasion d'Attila[ [3].

Un concurrent redoutable venait de se faire jour. Agésilas parut trois mois après l'Alexandre de Racine. «La révolution qui se fit alors dans les sentiments du public, dit Jolly[ [4], le parti que prit le plus grand nombre en faveur du nouveau poëte, forment une époque à laquelle on peut rapporter la naissance d'un genre inconnu de tragédie, où l'amour dominoit sur toutes les autres passions. M. Quinault l'avoit ébauché avec quelque succès, dix ans auparavant[ [5], mais non pas avec autant d'éclat.»

«Agésilas, comme nous l'apprennent les frères Parfait[ [6], n'a jamais été remis au théâtre.»

Le privilége de cette tragédie a été donné à Corneille le «vingt-quatrième mars 1666,» et l'Achevé d'imprimer a pour date: «le 3. iour d'Avril 1666.»

Voici le titre exact de la pièce dans l'édition originale: Agesilas, tragedie. En Vers libres rimez[ [7]. Par P. Corneille. A Rouen, et se vend à Paris, chez Guillaume de Luyne, Libraire Iuré, au Palais.... M.DC.LXVI. Auec priuilege du Roy. Le volume, de format in-12, se compose de deux feuillets, de 88 pages, et d'un dernier feuillet contenant le privilége.

AU LECTEUR.

Il ne faut que parcourir les Vies d'Agésilas et de Lysander chez Plutarque, pour démêler ce qu'il y a d'historique dans cette tragédie[ [8]. La manière dont je l'ai traitée n'a point d'exemple parmi nos François, ni dans ces précieux restes de l'antiquité qui sont venus jusqu'à nous; et c'est ce qui me l'a fait choisir. Les premiers qui ont travaillé pour le théâtre, ont travaillé sans exemple, et ceux qui les ont suivis y ont fait voir quelques nouveautés de temps en temps. Nous n'avons pas moins de privilége. Aussi notre Horace, qui nous recommande tant la lecture des poëtes grecs par ces paroles: