—J'ay veu une vieille veufve, dame grande, qui mit sur les dents, en moins de quatre ans, et son troisiesme mary et un jeune gentilhomme qu'elle avoit pris pour son amy; et les renvoya dans la terre, non par assassinat ny poison, mais par attenuation et alambiquement de leur substance. Et, à voir celle dame, on n'eust jamais pensé qu'elle eust fait le coup; car elle faisoit devant les gens plus de la dévote, de la marmiteuse et de l'hypocrite, jusques-là qu'elle ne vouloit pas prendre sa chemise devant ses femmes, de peur de la voir nue; ny pisser devant elles: mais, comme disoit quelque dame de ses parentes, qu'elle faisoit ces difficultez à ces femmes et point à ses galands. Mais quoy, est-il plus deffensible et plus loisible à une femme d'avoir eu plusieurs marys en sa vie, comme il y en eu prou qui en ont eu trois, quatre et cinq, ou bien à une autre qui en sa vie n'aura eu que son mary et un amy, ou deux, ou trois? comme certes j'en ay cogneu aucunes continentes et loyales jusques-là? Et en cela j'ay ouy dire à une grande dame de par le monde, qu'elle ne mettoit aucune différence entre une dame qui avoit eu plusieurs marys et une qui n'avoit eu qu'un amy ou deux, avec son mary, si ce n'est que ce voile marital cache tout; mais, quant à la sensualité et lasciveté, il n'y a pas différence d'un double; et en cela pratiquent le refrain espagnol, qui dit que algunas mugeres son de natura de anguillas en retener y de lobas en excoger; c'est-à-dire: «de nature des anguilles à retenir, et des louves à choisir;» car l'anguille est fort glissante et mal tenable, et la louve choisit tousjours le loup le plus laid.

—Il m'advint une fois à la Cour, qu'une dame assez grande, qui avoit esté mariée quatre fois, me vint dire qu'elle venoit de disner avec son beau-frère, et que je devinasse avec qui, et me le disoit naïvement sans y songer malice; et moy, un peu malicieusement, et riant pourtant, je luy respondis: «Et qui diable seroit le devin qui le pourroit deviner? Vous avez esté mariée quatre fois: je laisse à penser au monde la qualité des beaux-freres que vous pouvez avoir.» Alors elle me respondit, et répliqua: «Vous y songez en mal,» et me nomma le beau-frère. «C'est bien parlé, lui répliquay-je, cela; mais non comme vous parliez.»

—Il y eut jadis à Rome[92] une dame qui avoit eu vingt-deux marys l'un après l'autre, et pareillement un homme qui avoit eu vingt-une femmes, dont ils s'advisèrent tous deux, pour faire un bon concert, de se remarier ensemble. Le mary à la fin survesquit sa femme: en quoy le mary fut tellement estimé et honoré dans Rome de tout le peuple, d'une si belle victoire, que comme victorieux, il fut mené et pourmené en un char triomphant, couronné de lauriers et la palme en main. Quelle victoire, et quel triomphe!

—Du temps du roi Henry, en sa Cour fut le seigneur de Barbazan, dit Saint-Anian, qui se maria par trois fois l'une après l'autre. Sa troisiesme femme estoit fille de madame de Mouchy, gouvernante de madame de Lorraine, qui, plus brave que les deux premieres, eut raison de luy, car il mourut sous elle; et, ainsi qu'on le plaignoit à la Cour, et qu'elle de mesme se desconfortoit outrageusement de sa perte. M. de Montpesat, qui disoit très-bien le mot, alla rencontrer qu'au lieu de la plaindre on la devoit exalter et loüer beaucoup de sa victoire qu'elle avoit eu sur son homme, qu'on disoit qu'il estoit si vigoureux et si fort et envitaillé, qu'il avoit fait mourir ses deux premières femmes de force de leur faire; et cette-cy, ne s'estre rendue au combat, mais demeurée victorieuse, devoit estre loüée et admirée par la Cour, pour si belle victoire d'un si vaillant et robuste champion, et pour ce elle-mesme devoit s'en tenir très-glorieuse. Quelle gloire!

—J'ay ony tenir cette mesme maxime de cy-devant d'un seigneur de France, qu'il ne mettoit pas plus de différence entre une femme qui avoit eu quatre ou cinq marys, et une putain qui a eu quatre serviteurs l'un après l'autre; si-non que l'une se colore par le mariage, et l'autre point. Aussi un galant homme que je sçay, ayant espousé une femme qui avoit été mariée trois fois, il y eut quelqu'un que je sçay, qui disoit bien: «Il a espousé, dit-il, enfin une putain sortant du bordel de réputation.» Ma foy, telles femmes qui se remarient ressemblent les chirurgiens avares, lesquels veulent tout à coup resserrer les plaies d'un pauvre blessé, afin d'allonger la guérison et en gagner tousjours mieux la petite pièce d'argent. Aussi, se disoit une: «Il n'est beau de s'arrêter au beau mitan de la carrière; mais il la faut achever, et aller jusques au bout.» Je m'estonne que ces femmes, qui sont si chaudes et promptes à se remarier, et mesme si surannées, n'usent pour leur honneur de quelques remèdes réfrigératifs et potions tempérées, pour expeller toutes ces chaleurs; mais tant s'en faut qu'elles en veulent user, qu'elles s'en aident du tout de leur contraire. J'ai veu et leu un petit livret d'autrefois, en italien, sot pourtant, qui s'est voulu mesler de donner des receptes contre la luxure, et en met trente-deux; mais elles sont si sottes que je ne conseille point aux femmes d'en user, pour ne mettre leur corps à trop fascheuse subjection. Voilà pourquoy je ne les ay mises icy par escrit. Pline en allègue une, de laquelle usoient le temps passé les vestales; et les dames d'Athènes s'en servoient aussi durant les fêtes de la déesse Cérès, dites Themophoria[93], pour se refroidir et oster tout appetit chaud de l'amour, et par ce vouloient celebrer cette feste en plus grande chasteté, qu'estoient des paillasses de feuilles d'arbre dit agnus castus. Mais pensez que durant la feste elles se chastroient de cette façon, et puis après elles jettoient bien la paillasse au vent. J'ay veu un pareil arbre en une maison en Guyenne, d'une grande, honneste et très-belle dame, et qui le monstroit souvent aux estrangers qui la venoient voir, par grande spéciauté, et leur en disoit la propriété: mais au diable si j'ay jamais veu ny ouy dire que femme ou dame en ait encore osé cueillir une seule branche, ny fait pas seulement un petit recoin de paillasse, non pas même la dame propriétaire de l'arbre et du lieu, qui n'en eust peu disposer comme il luy eust pleu. Ce fust esté aussi dommage, car son mary ne s'en fust pas mieux trouvé: aussi qu'elle valoit bien que l'on laissast se régler au cours de la nature, tant elle estoit belle et agréable, et aussi qu'elle a fait une très-belle lignée. Et pour dire vray, il faut laisser et ordonner telles receptes austéres et froides aux pauvres religieuses, lesquelles, encore qu'elles jeusnent et macérent leurs corps, si sont-elles souvent assaillies, les pauvrettes des tentations de la chair; et si elles avoient liberté au moins aucunes, elles se voudroient rafraischir comme les mondaines; et bien souvent pour s'estre repenties se repentent, ainsi qu'on voit les courtisannes de Rome, dont j'en allégueray un plaisant conte d'une, laquelle s'estant vouée au voile, avant qu'aller au monastère, un sieur ami, gentilhomme français, la vint voir pour luy dire adieu puisqu'elle s'en alloit estre recluse; et avant que s'en aller, la pria d'amour; et la prenant, elle luy dit: Fate dunque presto; ch'adesso mi verrano cercar per far mi monaca, e menare al monasterio[94]. Pensez qu'elle voulut faire ce coup pour prendre sa dernière main, et dire: Tandem hæc olim meminisse juvabit; c'est-à-dire: «Encore me fait-il grand bien de m'en ressouvenir pour la dernière fois.» Quelle repentance et quelle intrade de religion! Et quand une fois elles y ont esté professes, au moins les belles, je dis aucunes, je croy qu'elles vivent plus de repentance que de viandes corporelles ny spirituelles. Dont aucunes y a qui sçavent y remédier, ou par dispenses et par pleines libertez qu'elles prennent d'elles-mesmes; car on ne les traite icy comme les Romains le temps passé traitoient cruellement leurs vestales quand elles avoient forfait; ce qui estoit une chose horrible et abominable: aussi estoient-ils payens, et pleins d'horreurs et de cruautez; nous autres chrestiens, qui en suivons la douceur de nostre Christ, devons estre benins comme luy; et comme il nous pardonne, il faut que nous pardonnions. Je mettrois icy par escrit la façon de laquelle ils les traitoient; mais je la laisse au bout de la plume. Or laissons ces pauvres ames, que, ma foy, quand elles sont-là une fois renfermées, elles endurent assez de mal; ainsi que dit une fois une dame d'Espagne, voyant mettre en religion une fort belle et honneste damoiselle: O tristezilla, y en que pecaste, que tum presto vienes à penitentia, y seys metida en sepultura viva! c'est-à-dire: «O pauvre misérable, en quoi avez-vous tant péché, que si prestement vous venez à pénitence, et estes mise toute vive en sépulture!» Et voyant que les religieuses luy faisoient toutes les bonnes cheres, recueils et honneurs du monde, elle dit que todo le hedia, hasla el encensio de la yglesia; c'est-à-dire: «que tout luy puoit, jusques à l'encens de l'église.»

—Une question y a-t-il que je voudrois qui me fust dissolue, en toute vérité et sans dissimulation, par aucunes dames qui ont fait le voyage; à sçavoir, quand elles sont remariées, comment elles se comportent à l'endroit de la mémoire des premiers marys. En cela il y a une maxime: que les dernieres amitiez et inimitiez font oublier les premieres; aussi les secondes nopces ensevelissent les premieres. Sur quoy j'allégueray un exemple plaisant, non pour tant qu'il doive estre fort authorisable; si est-ce qu'on dit que sous un lieu obscur et vil encore la sapience et science s'y cache. Une grande dame de Poictou demandant une fois à une paysanne, sienne tenancière, combien de marys elle avoit eus, et comment elle s'en estoit trouvée, elle, faisant sa petite révérence à la pitaude, luy respondit de sang froid: «Je vous dirai, madame, j'ay eu deux marys, grâce à Dieu. L'un s'appeloit Guillaume, qui estoit le premier; et le second s'appeloit Colas. Guillaume estoit bon homme, aisé de moyens, et me traitoit fort bien; mais Dieu pardonne à Colas, car Colas me le faisoit bien.» Mais elle disoit tout à trac ce qui se commence par f., sans le déguiser ou farder comme je le déguise. Voyez, s'il vous plaist, comme cette maraude prioit Dieu pour l'ame du trépassé bon compagnon, et, s'il vous plaist, sur quel sujet, et du premier mérite. Je penserois que de mesmes en font plusieurs dames convolantes et revolantes; car, puisqu'elles en viennent là, c'est pour ce grand point; et, pour ce, qui le joüe le mieux est le plus aimé. Et volontiers croyent que le second doit faire rage; mais bien souvent aucunes sont trompées, car elles ne trouvent en leurs boutiques l'assortiment qu'elles y pensoient trouver, ou bien à d'aucunes, s'il y en a, il est si chetif et usé et gasté, flasque et foulé et lasche, qu'on se repend d'y avoir mis son denier; comme j'en ay veu force exemples que je ne veux alléguer, car il est temps, ce me semble, de faire fin ou jamais non.

—D'autres dames y a-t-il qui disent qu'elles aiment mieux leurs derniers marys de beaucoup que les premiers: «D'autant, m'ont dit aucunes, que les premiers que nous espousons, le plus souvent nous les prenons par le commandement de nos roys et reynes maistresses, par la contrainte de nos peres et meres, parents, tuteurs, non par la volonté pure de nous autres: au lieu qu'en nos viduitez, comme très-bien émancipées, nous en faisons telle élection qui nous plaist, et ne les prenons que pour nos beaux et bons plaisirs, et par amourettes, et à nostre gentil contentement.» Certainement il peut y avoir de la raison, si ce n'estoit que bien souvent les amours qui s'accommencent par anneaux se finissent par couteaux, ce dit un vieux proverbe, ainsi que tous les jours nous en voyons les expériences et exemples d'aucunes, qui pensants estre bien traitées de leurs hommes, qu'elles avoient tirez de la justice et du gibet, de la pauvreté, de la chetiverie du bordel, et eslevez, les battoient, rossoient, les traitoient fort mal, et bien souvent leur ostoient la vie, dont en cela c'estoit juste punition divine, pour avoir esté par trop ingrates à leurs premiers marys, qui leur estoient par trop bons et en disoient pis que pendre. Et ne ressembloient pas à une que j'ay ouy raconter, laquelle la première nuict de ses nopces, ainsi que son mary la commençoit à assaillir, elle se mit à pleurer et souspirer bien fort, si bien que tout à un coup elle faisoit deux choses fort contraires. Son mary luy demandoit ce qu'elle avoit à s'attrister, et s'il ne s'acquittoit pas bien de son devoir. Elle luy respondit: «Hélas prou: mais je me ressouviens de mon mary, qui m'avoit tant priée et repriée de ne me remarier jamais après sa mort, et que j'eusse souvenance et pitié de ses petits enfants. Hélas! je voy bien que j'en auray encor tant de vous. Hé, que feray-je! Je croy que s'il me peut voir du lieu où il est maintenant, il me maudit bien.» Quelle humeur de n'avoir point songé à telles considérations, ny avoir esté sage, si-non après le coup! Mais le mary, l'ayant appaisée et fait souvent passer cette fantaisie par le trou lu milieu, le lendemain matin, ouvrant la fenestre de la chambre, envoya dehors toute la mémoire du mary premier; car se disoit un grand proverbe ancien, que femme qui enterre un mary ne se soucie plus d'en enterrer un autre: et aussi un autre qui dit: Plus de mine en une femme perdant son mary, que de mélancolie.

—J'ay cogneu une autre veufve, grande dame, bien contraire à cette-cy, qui ne pleura ainsi; car, la première nuict et seconde de ses nopces, elle se conjoignit tellement avec son mary second, qu'ils enfoncèrent et rompirent le chaslis, encore qu'elle eust une espèce de cancre à un tétin; et nonobstant son mal, ne laissa d'un seul point son amoureux plaisir, l'entretenant par après souvent de la sottise et inhabilité de son premier mary. Aussi, à ce que j'ay ouy dire à aucuns et aucunes, c'est la chose que les seconds marys veulent le moins de leurs femmes, qu'elles les entretiennent de la vertu et valeurs de leurs premiers marys, comme estants jaloux des pauvres trépassez, qui y songent autant comme de revenir en ce monde: d'en dire mal tant que l'on voudra. Si en a-t-il force pourtant qui leur en demandent des nouvelles; mais, comme se sentant fort vigoureux et forts, et faisans comparaisons, les interrogent de leurs forces et vigueurs en ces douces charges, comme j'ay ouy dire à aucuns et aucunes, lesquelles, pour leur faire trouver meilleur, leur font accroire que les autres n'estoient qu'apprentifs, dont bien souvent elles s'en trouvent mieux. Autres disoient le contraire, et que les premiers faisoient rage, afin de faire efforcer les derniers à faire les asnes desbatez. Telles femmes veufves seroient bonnes à l'isle de Chio, la plus belle isle et gentille et plaisante du Levant, jadis possédée des Gennois, et depuis trente-cinq ans usurpée par les Turcs, dont c'est un grand dommage et perte pour la chrestienté. En ceste isle donc, comme je tiens d'aucuns marchands gennois, le coustume est que si une femme veut demeurer en viduïté, sans aucuns propos de se remarier, le seigneur la contraint de payer un certain prix d'argent, qu'ils appellent argomoniatique, qui vaut autant dire (sauf l'honneur des dames) c.. reposé et inutile. Je leur ay demandé sur quoy cette coutume pouvoit estre fondée: ils me respondirent que pour tousjours mieux repeupler l'isle. Je vous assure que nostre France ne demeurera donc indeserte ny infertile par faute de nos veufves qui ne se remarient point; car je pense qu'il y en a plus qui se remarient que d'autres, et par ce ne payeront de tribut du c.. inutile et reposé; que si ce n'est par le mariage, pour le moins autrement qu'ils le font travailler et fructifier, comme j'espère de dire. Non plus ne payeront aussi aucunes de nos filles de France que celles de Chio, lesquelles, soit des champs ou de ville, si elles laissent perdre leur pucelage avant que d'estre mariées, et qu'elles veulent continuer le mestier sont tenues de bailler pour une fois un ducat (dont c'est un très-bon marché pour faire cela toute leur vie) au capitaine de la nuict, afin de le pouvoir faire à leur plaisir, sans aucune crainte et danger; et en cela gist le plus grand et asseuré gain qu'ait le gentil capitaine en son Estat.

—Il ne fut jamais que les Grecs n'eussent tousjours quelques inventions tendantes à la paillardise; comme le temps passé nous lisons de la coustume de l'isle de Cypre, qu'on dit que la bonne dame Vénus, patronne de-là, introduisit une loy que les filles de-là falloit qu'elles allassent se pourmenants le long des rivages, costes et orées de la mer, pour gagner leur mariage par la libéralité de leurs corps aux mariniers, passants et navigeants, qui descendoient exprès, voire bien souvent se destournoient de leur chemin droit de la boussole pour prendre la terre, et là, prenants leurs petits rafraischissements avec elles, les payoient très-bien, et puis s'en alloient les uns à regret pour laisser telles beautez; et par ainsi ces belles filles gagnoient leurs mariages, qui plus qui moins, qui bas qui haut, qui grand qui petit, selon les beautez, qualitez et tentations des filaudes.

—Aujourd'huy aucunes de nos filles de nos nations chrestiennes ne vont point se pourmener, s'exposer ainsi aux vents, aux pluyes, aux froids, au soleil, aux chaleurs, car la peine est trop laborieuse et trop dure pour leurs tendres et délicates peaux et blanches charnures; mais elles se font venir trouver sous de riches pavillons et dans de pompeuses courtines, et là tirent leur solde amoureuse et maritale de leurs amoureux, sans payer aucun tribut. Je ne parle pas des courtisannes de Rome qui en payent, mais de plus grandes qu'elles: si bien qu'à aucunes, la plus part du temps, leurs peres, meres et freres n'ont pas grande peine de chercher argent ny leur en donner pour les marier; ains, au contraire, bien souvent aucunes y a-t-il qui en baillent aux leurs, et les advancent en biens et charges, en grades et dignitez, ainsi que j'en ay veu plusieurs. Aussi Lycurgus ordonna que les filles vierges fussent mariées sans doüaire d'argent, à ce que les hommes les espousassent pour leurs vertus, non pour l'avarice. Mais quelles vertus estoit-ce, qu'aux bonnes festes solemnelles elles chantoient, dansoient publiquement toutes nuës avec les garçons, voire luitoient en belle place marchande; ce qui se faisoit pourtant avec toute honnesteté, dit l'histoire: c'est à sçavoir, et quelle honnesteté en tel estat estoit-ce, les belles filles voir publiquement? D'honnesteté n'y en avoit-il point, mais ouy bien un plaisir pour la veuë, et mesme en leur mouvement de corps à danser, et encore plus à luiter: et puis quand ils venoient à tomber l'un sur l'autre, et, comme dit le latin, Illa sub, ille super, et ille sub, illa super, c'est-à-dire, «elle dessous, luy dessus, et elle dessus, luy dessous.» Et comment me pourroit-on desguiser cela, qu'il y eust là toute honnesteté? Je croy qu'il n'y a chasteté qui ne s'en esbranlast, et, que, se faisant là en public et de jour les petites attaques, qu'à couvert et de nuict et du rendez-vous les grands combats et camisades s'en ensuivissent. Tout cela se pouvoit faire sans aucun doute, veu que ledit Lycurgus permit à ceux qui estoient beaux et dispos d'emprunter les femmes des autres pour y labourer comme en terre grasse: et si n'estoit chose reprochable à un vieil et lassé de prester sa femme belle et jeune à un galant jeune homme qu'il choisissoit; mais il vouloit qu'il fust permis à la femme de choisir pour secours le plus proche parent de son mary, tel qu'il luy plairoit, pour se coupler avec luy, à ce que les enfants qu'ils pourroient engendrer fussent au moins du sang et de la race mesme du mary. Les Juifs avoient cette loy de la belle-sœur au beau-frère; mais nostre loy chrestienne a tout rabillé cela, encore que nostre Saint Pere en aye baillé plusieurs dispenses fondées sur plusieurs raisons.